N° 1206 | du 27 avril 2017

Faits de société

Le 27 avril 2017

Petit coup de fatigue

Des fois, on a des moments de découragement… des moments où on ne prend même plus la peine d’expliquer tellement c’est compliqué, tellement c’est éloigné des préoccupations de votre interlocuteur. C’est arrivé, y a pas longtemps à un collègue, dans un collège. Un gamin était convoqué pour un genre de conseil de discipline light, le genre de tribunal dont on ne sait s’il est fait pour impressionner l’enfant ou satisfaire l’équipe éducative du collège qui a l’impression de poser la mère démissionnaire, et pis d’ailleurs, on ne la voit jamais ! Pas étonnant que l’élève soit si peu intéressé par l’école ! Pfff qu’est ce qu’il faut pas voir… »} (oui j’exagère un peu, mais c’est parce que je suis en colère !). Le collègue a hésité à se lancer dans l’explication de la cause de l’absence de la mère mais devant le regard un peu effrayé du jeune, il a fermé son clapet. Comment expliquer à la docte assemblée que dans ce quartier, la grande majorité des habitants travaille pour une compagnie de ménage urbain qui intervient le matin, avant l’ouverture des bureaux, c’est-à-dire entre 6 heures et 9 heures et le soir après la fermeture des mêmes bureaux ; c’est-à-dire entre 18 et 22 heures ? Et qu’ils connaissent la veille par un SMS le lieu dans lequel ils vont intervenir selon l’organisation des emplois du temps ? Comment expliquer que parfois ces bureaux (et même souvent) sont à la Défense, à une heure de métro de Bagnolet… Et que lorsque les parents partent bosser, les enfants dorment encore et que lorsqu’ils reviennent, les enfants dorment déjà à moins qu’ils ne viennent les chercher à la sortie du métro ? Alors le collègue n’a rien dit, pas par lâcheté mais parce qu’il avait l’impression d’avoir raconté cette histoire dix fois et que ce quotidien-là passe souvent au-dessus de la tête de ceux qui ne le vivent pas parce que finalement, ces gens-là ont la chance de travailler ! La chance de gagner leur vie et que dans ce quartier, il y a tant d’habitants au chômage qui les envient.