N° 768 | du 6 octobre 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 6 octobre 2005 | Jacques Trémintin

Penser le handicap mental

Sous la direction de Gérard Zribi & Jean-Louis Chapellier


éd. ENSP, 2005 (264 p. ; 25 €) | Commander ce livre

Thème : Mental

Les personnes atteintes de handicap sont capables d’aimer, d’apprendre, de ressentir des émotions, d’évoluer, de régresser et de vieillir. Elles ne doivent pas être réduites à l’impact réel ou supposé de leurs déficiences. Cette noble et juste profession de foi se heurte toutefois à des représentations tellement intolérables qu’elles peuvent faire effraction dans le psychisme et pulvériser les systèmes de pensée. Cette question serait-elle donc du domaine de l’impensable ?

Dix-huit spécialistes démontrent avec brio le contraire, dans des propos dont l’intelligence le dispute à la justesse. Certes, la réflexion est encore balbutiante sur des sujets comme l’intimité, la sexualité, la procréation, l’environnement privé… Mais, le travail d’élaboration dans ce domaine est vital. Reconnaître un être humain comme sujet, c’est lui attribuer une vie psychique. Dès lors, on ne peut travailler avec une personne souffrant de handicap, si on ne fait pas le pari qu’il y a chez elle de la pensée potentielle. Le handicap étant, avant tout, une production sociale, ce qui permet à la personne vivant une déficience d’exister, comme à la fois semblable et différente, ce sont les regards des autres dans ce qu’ils ont de stigmatisant ou au contraire d’identifiant.

À l’annonce du handicap, les parents sont envahis et pétrifiés par l’effroi. Ce qu’ils cherchent alors, ce sont des repères solides leur permettant d’endiguer leurs angoisses. Les mères puisent leur énergie dans leurs propres ressources ou dans celles de leur conjoint et de leur entourage proche. L’accompagnement de l’enfant ou d’un parent âgé participant, pour certaines femmes, du processus de leur construction identitaire, elles jouent un rôle central. La compétence des pères est quant à elle, parfois anéantie. Blessés dans leur fierté du fait de l’atteinte à ce qu’ils ont de plus cher, leur descendance, ils ne sont parfois plus capables de donner sens et vie à leur enfant. La fratrie est, elle aussi, affectée par la déficience de leur germain.

Mais, chacun réagit d’une manière singulière. La famille adoptera une attitude plutôt « empêchée » (délégant à autrui l’éducation de l’enfant), associée (en y prenant une part active) ou engagée (y rajoutant un investissement associatif fort), laissant ainsi plus ou moins le relais à des professionnels qui se réfugient volontiers derrière la frontière protectrice d’un savoir raisonné et de connaissances maîtrisées. Leur contribution n’est pourtant pas dans la dimension savante de leur travail, mais bien dans ce qui ne se voit pas : entrer dans la sphère intime de la personne porteuse de handicap, tout en préservant son identité d’être humain et de sujet. Il ne suffit pas d’affirmer la nécessité de bonnes inter-relations entre les familles et les professionnels. Il faut reconnaître qu’elles sont difficiles, régulièrement remises en question et nécessitant écoute et patience dans un climat de confiance à recréer en permanence.


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