N° 1063 | du 24 mai 2012

Critiques de livres

Le 24 mai 2012 | Jacques Trémintin

Pédagogie sociale. Une pédagogie pour les éducateurs

Laurent Ott


éd. Chronique Sociale, 2011 (101 p. ; 13,10 €) | Commander ce livre

Thème : Pédagogie

La pédagogie est souvent confondue avec le style adopté dans la transmission des connaissances, voire la méthode d’enseignement. Mais elle ne peut ainsi être réduite à une seule technique utilitaire, car elle relève avant tout d’une exigence morale, sociale et politique. Elle se fonde sur trois activités inséparables l’une de l’autre : transmettre, transformer et éduquer.

L’auteur commence par identifier les multiples sources auxquelles elle a pu s’abreuver à travers l’histoire. C’est d’abord un Platon affirmant qu’avant d’apprendre et pour apprendre, il faut au préalable remettre en cause ce que l’on croit savoir. C’est ensuite un Rousseau expliquant la nécessité de se positionner non en face, mais aux côtés de l’enfant qui doit jouer un rôle actif dans la démarche d’apprentissage. C’est aussi un Kant mettant en avant l’autonomie de la démarche : on apprend à agir, en agissant ; on apprend à être responsable, en expérimentant de réels espaces de liberté et de prises de risque. C’est encore un Fourier démontrant l’importance de travailler avec le groupe et pas seulement avec l’individu. C’est toujours un Sartre rappelant que chacun est responsable des conditions de sa libération ou de son asservissement.

Ce sont enfin ces pédagogues médecins (Itard, Claparède, Decroly…) ou sociaux (Korczak, Freinet, Freire, Pikler…) qui ont fondé leur action sur une connaissance fine de l’enfant, sur le respect de son rythme et sur la confiance dans ses compétences : il ne s’agit plus de travailler hors de lui, pour ou contre lui, mais avec lui. Le pédagogue n’est pas là pour redresser une situation qui aurait dévié ou replacer le sujet dans la norme, mais pour le réconcilier avec ses capacités et son désir d’apprendre. La pédagogie sociale ne s’appuie sur aucun dogme ou principe réducteurs ou enfermant. Ses seules convictions font appel à l’appréhension de la personne dans sa globalité, dans son universalité et le développement de son autonomie.

Laurent Ott le dit avec force : la notion même de pédagogie est employée à contresens par les enseignants qui, trop souvent, la détournent et la déforment. C’est du côté des travailleurs sociaux qu’il se tourne pour mieux retrouver sa véritable acception. Et de décliner les différentes proximités qui permettent de retrouver son authenticité. La proximité géographique qui favorise la rencontre ; la proximité politique qui autorise l’engagement ; la proximité culturelle qui privilégie la fonction de passeur ; la proximité relationnelle qui donne l’occasion de se laisser toucher sans se laisser détruire ; la proximité stratégique, enfin, qui débouche sur la médiation. Avec, au final, un travail non pour l’usager mais avec lui dans une dynamique d’alliance potentielle


Dans le même numéro

Critiques de livres

Xavier Bouchereau

Les non-dits du travail social