N° 1147 | du 18 septembre 2014

Faits de société

Le 18 septembre 2014

Pauvre politique de la Ville

Joël Plantet

Les quartiers dits « sensibles » n’ont jamais vu réduire leurs inégalités (criantes). Une énième loi a été adoptée en début d’année. Mais un véritable changement de dimension ne semble toujours pas au rendez-vous

Les chiffres se suivent et se ressemblent : dans les 751 zones urbaines sensibles (ZUS) et les 2 492 quartiers bénéficiant d’un contrat urbain de cohésion sociale (CUCS), une famille sur trois vit dans la pauvreté ; le chômage des jeunes et l’illettrisme y sont deux fois plus élevés que sur le reste du territoire ; les droits – concernant l’accès aux équipements de santé, par exemple – restent le plus souvent méconnus. Le dernier rapport de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) a souligné en décembre 2013 que la ségrégation urbaine interroge gravement le pacte républicain. Exit aujourd’hui ce comptage, ne restent que 1300 quartiers prioritaires : un nouveau zonage qui, comme l’ancien dispositif, aura besoin de crédits.

Mais que fait la politique de la Ville ? Après de multiples mille-feuilles et usines à gaz plus inopérants les uns que les autres car ne bénéficiant ni de moyens suffisants, ni de réelle volonté politique, une autre loi, celle du 21 février 2014, a vertueusement consacré le principe de la co-construction de la politique de la ville avec les habitants (désormais tirés au sort pour participer à des conseils de quartier). Concocté par François Lamy, alors en charge de ces questions, le texte a, sous prétexte d’égalité territoriale, gardé le seul critère de pauvreté, ignorant ipso facto ceux de relégation urbaine ou de stigmatisation…

Une politique définie par le saupoudrage et l’éparpillement

Fin juin, Najat Vallaud-Belkacem, encore ministre des Droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports, a annoncé de nouveaux contrats de ville élaborés pour la période 2014 – 2020 et concernant 1 300 nouveaux territoires de la politique de la ville. Ces contrats devront être signés au plus tard au printemps 2015, sur la base d’un projet de territoire réfléchi à l’échelle de l’agglomération. Fédérant l’État, les collectivités locales et les services publics autour d’objectifs communs, ils sont censés garantir un niveau de présence des services publics et de mobilisation des outils de droit commun supérieurs à la moyenne.

Trois priorités : le pilier «  cohésion sociale  » pour soutenir les équipements sociaux, culturels, sportifs, et les associations ; un autre pilier «  cadre de vie et renouvellement urbain  » pour améliorer la mobilité dans le parc résidentiel, l’installation de nouvelles activités et les relations entre police et population… Enfin, le pilier «  développement de l’activité économique et de l’emploi  » a l’objectif de réduire de moitié les écarts de taux d’emploi, en particulier au bénéfice des jeunes. Mais la définition de ces nouveaux «  contrats de ville  », le flou régnant autour des travaux de rénovation urbaine financés par l’agence du même nom (ANRU), le peu d’empressement à fabriquer de l’empowerment (clairement recommandé dans le rapport Bacqué – Mechmache sur la participation des habitants), tout souligne le désengagement de l’État et la continuité d’une politique définie par le saupoudrage et l’éparpillement. Certes, certains – tel l’inter-réseau des professionnels du développement urbain (IRDSU) – saluent ici et là quelques avancées, concernant le partage des rôles entre municipalités et intercommunalité par exemple.

Dernier remaniement ministériel : Myriam El Khomri, jusqu’à présent adjointe au maire à Paris (anciennement chargée des questions de protection de l’enfance et de la prévention spécialisée), devient secrétaire d’État chargée de la politique de la Ville, rattachée au nouveau ministre de la Ville (et de la Jeunesse et des Sports), Patrick Kanner. Bon courage.