N° 867 | du 10 janvier 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 10 janvier 2008

Passer de la précarité à l’emploi

Joël Plantet

Accéder au travail deviendrait-il de plus en plus difficile ? En lien avec les partenaires sociaux, le collectif inter associatif Alerte a émis en décembre quelques préconisations concernant l’accès des personnes précaires à l’emploi

Les indices d’une précarisation croissante de la société sont régulièrement concordants : dix-huit ans après la loi Neiertz, 730 000 foyers sont en cours de procédure de surendettement et le nombre des dossiers est en hausse constante, d’environ 6, 5 % par an. Par ailleurs, un récent sondage du haut-commissariat aux solidarités actives révélait que, loin d’avoir une mentalité d’« assistés », une grande majorité des bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (RMI) n’attendent qu’un emploi pour pouvoir sortir de l’assistance. Et même si, selon les chiffres contestés de l’Insee, le taux de chômage aurait quelque peu descendu, une hausse du « sous-emploi » concernant les personnes à temps partiel qui ne demandent qu’à travailler davantage reste à déplorer. Un tiers des personnes sans domicile fixe ont un travail et environ 800 000 chômeurs exercent une activité à temps réduit.

Dans une économie concurrentielle, c’est bien connu, les entreprises doivent avoir des salariés immédiatement opérationnels. De fortes suspicions et discriminations persistent à l’égard de tous ceux qui sont durablement éloignés de l’emploi. Tous azimuts, les inégalités se renforcent : par rapport aux sorties massives de formation initiale sans qualification, de défaut d’information sur le marché de l’emploi, d’orientation scolaire et professionnelle…

Regroupant une quarantaine de fédérations et d’associations de lutte contre l’exclusion, le collectif Alerte a remis en fin d’année au gouvernement, dans le cadre du Grenelle de l’insertion, un texte intitulé Accès des personnes en situation de précarité à un emploi permettant de vivre dignement. Initiées en 2005 avec les syndicats de salariés et patronaux, les réflexions du collectif contiennent une série de constats partagés et de recommandations, notamment sur les freins et les passerelles pour l’accès de tous à l’emploi. Le document présente des engagements pour chacun des signataires, en même temps que des demandes précises à l’attention des décideurs publics et privés. Ces travaux se veulent en droite ligne d’un rapport du Conseil économique et social (CES), L’accès de tous au droits de tous, par la mobilisation de tous, qui marquait déjà la volonté des partenaires sociaux de travailler ensemble.

Alerte demande au gouvernement des actions de sensibilisation sur les questions de lutte contre les exclusions

Un faisceau de constats a donc été établi : méconnaissance des publics concernés, freins divers liés aux différents processus de retour à l’emploi ou à l’atonie du marché du travail… Les dysfonctionnements des dispositifs ont été pointés et les questions concrètes, quotidiennes, ont été soulignées : difficultés de logement, parfois de domiciliation ou de gardes d’enfants… Plus largement, l’insuffisant accès aux droits, les obstacles dus à la complexité et au manque de souplesse des dispositifs, les politiques publiques d’aide au retour à l’emploi « privilégiant le quantitatif au détriment d’approches qualitatives vers des insertions professionnelles et des accès à la qualification réussis » ont été, encore une fois, dénoncés.

L’accompagnement reste déficient. « Pourtant, nous savons que l’accompagnement permet à la fois de sécuriser le salarié, ou le créateur d’activité, en mettant en œuvre un suivi permettant de régler les difficultés d’ordre administratif ou social », rappelle le collectif. Qui énonce un certain nombre de préconisations sur la formation tout au long de la vie, « y compris pour les demandeurs d’emploi et les personnes à faible niveau de qualification », le développement de passerelles, une gestion prévisionnelle des emplois à impulser, la lutte contre l’illettrisme… Que serait une politique « persévérante et continue » en matière d’accompagnement au retour à l’emploi ? La réponse est multiple : ne pas réduire les contrats aidés (actuellement menacés), adapter l’accompagnement et la formation en fonction des personnes — et non du statut social et administratif —, simplifier l’accès aux droits (guichet unique, chef de file territorial…), « sortir de l’empilement actuel des compétences et des dispositifs »…

Comment sécuriser les parcours d’insertion ? En développant la validation des acquis de l’expérience, en identifiant des partenariats capables de traiter les difficultés sociales des salariés, en développant la responsabilité sociétale des entreprises. Alerte conseille au gouvernement des actions de sensibilisation sur la lutte contre les exclusions, afin de changer les représentations et d’améliorer « l’image des métiers en tension, de l’apprentissage et de la formation en alternance ». Les partenaires du collectif inter associatif s’engagent, pour ce qui les concerne, sur plusieurs points : approfondir leur réflexion, développer les expérimentations, encourager des actions partenariales et faciliter les liaisons entre les acteurs économiques et sociaux…