N° 917 | du 19 février 2009 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 19 février 2009 | Jacques Trémintin

Oui, la nature humaine est bonne

Olivier Maurel


éd. Robert Laffont, 2009 (256 p. ; 20 €) | Commander ce livre

Thème : Maltraitance

On peut distinguer trois époques dans la prise de conscience de la maltraitance subie par les enfants. La première, qui a duré des millénaires, est à peine troublée par quelques voix largement inaudibles face à la domination du déni. La violence dans l’éducation y est considérée comme banale et légitime : la douleur provoquée par les coups agirait sur la raison, la volonté et la mémoire de l’enfant, l’incitant donc à éviter de reproduire le comportement qui a causé le châtiment. Cette conviction perdure, d’autant plus qu’elle est confortée par les religions, les philosophies et les traditions éducatives.

La seconde époque trouve ses prémisses dans l’abolition, dans le code Justinien du VIe siècle, du droit de vie et de mort du père sur ses enfants ou dans le vote, en 1889, de la loi permettant la déchéance de la puissance paternelle. Mais, c’est vraiment dans la deuxième moitié du XXe siècle qu’elle s’amorce vraiment, avec la pénalisation des mauvais traitements sur mineurs. Ce mouvement reste toutefois incomplet, puisqu’il prétend ne viser que les actes qui « troublent gravement l’enfant », excluant par là même ceux qui le troublent, mais moins gravement !

Olivier Maurel est à l’initiative, avec d’autres auteurs comme Alice Miller, d’une réflexion qui inaugure la troisième époque : celle qui s’intéresse aux effets délétères de la violence éducative ordinaire que constitue « l’ensemble des moyens violents qui ont été et sont utilisés, tolérés et souvent recommandés pour faire obéir et pour éduquer les enfants. » Olivier Maurel nous propose ici une somme de réflexions médicales, philosophiques, historiques, intellectuelles, éthiques, qui viennent bousculer bien des idées reçues et apporter des éléments de compréhension sur le fonctionnement humain. La thèse centrale de l’auteur consiste à réfuter le postulat d’un petit d’homme qui serait naturellement poussé à l’agressivité par ses pulsions ou sa nature animale. Le comportement humain consistant à humilier, torturer ou provoquer la douleur de son prochain ne se retrouve nulle part chez les autres espèces.

Ces manifestations sont liées à un conditionnement et à une éducation qui le confrontent très tôt à la violence. L’attachement qui relie l’enfant à ses parents, pour peu qu’il soit fait de douceur, de tendresse et de sollicitude, peut l’amener à reproduire la relation de bienveillance qu’il a reçue. Mais quand le sens de l’empathie a été détérioré très tôt et tout au long de l’enfance, les principes moraux peuvent tout autant devenir de véritables prothèses sur une fonction absente. Il ne faut donc pas se contenter de combattre la violence seulement quand elle est excessive, mais aussi quand elle est ordinaire, explique l’auteur, démontrant avec brio ses effets délétères tant au niveau individuel que collectif.


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