N° 750 | du 21 avril 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 21 avril 2005

Où en est-on de la lutte contre l’échec scolaire ?

Joël Plantet

Thème : École

Engagée depuis trois décennies, la bataille contre la déscolarisation n’est pas gagnée. Les moyens mis en œuvre varient suivant les cas. Les classes-relais, par exemple, sont une bonne chose, dans certains collèges des dispositifs ambitieux sont créés, mais dans des institutions du secteur social on supprime des postes (lire l’article sur le Château de Dino dans l’accadémie du Val-d’Oise). Enfin le phénomène de l’absentéisme scolaire — dont le gouvernement a failli faire un délit ! — cherche toujours des réponses adéquates

Les tests de la journée d’appel de préparation à la défense (JAPD) sont formels : un jeune sur dix présente de graves difficultés de lecture. Une autre enquête Insee estime aux environs de 12 % la proportion de personnes adultes souffrant de difficultés face à l’écrit. Et de manière générale, 15 % des élèves sont considérés en difficulté car ne maîtrisant pas les compétences de base. C’est énorme.

D’un côté, environ 170 000 élèves sont scolarisés dans des classes de 4ème et de 3ème destinées aux élèves en difficulté ; on les retrouve dans des filières plus ou moins ségrégatives, en 4ème d’aide et de soutien ou technologique, en classes préparatoires à l’apprentissage ou d’insertion professionnelle par alternance (CPA, Clipa), en sections d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) ou en 3ème d’insertion, ou technologique.

De l’autre, 150 000 élèves sortent encore de l’école sans CAP, ni BEP, ni bac… Le lien entre ces deux données statistiques est de plus en plus souligné, voire établi : dans un rapport intitulé Le traitement de la grande difficulté scolaire, rendu public le 9 février dernier, le Haut conseil de l’évaluation de l’école (HCEE) estimait que toutes les mesures expérimentées depuis une vingtaine d’années n’avaient donné aucun « résultat appréciable ».

Aides au travail personnel, heures de soutien, classes dédoublées, tutorat, parrainage et… classes relais n’auraient pas apporté l’amélioration structurelle attendue. L’une des réponses, le redoublement, aurait même fait la preuve de son inefficacité, principalement par son aspect discriminatoire et démotivant. Par ailleurs, le conseil établit un lien fort — et pertinent — entre « échec lourd » et pauvreté, et appelle la communauté éducative à s’intéresser davantage à la pédagogie différenciée, comme dans les pays scandinaves.

Le ministère, lui, a sa réponse : son projet de loi d’orientation sur l’école veut installer un contrat individuel de réussite éducative (CIRE), avec trois heures hebdomadaires de soutien pour les élèves en difficulté. Les enseignants et les associations restent sceptiques.

L’absentéisme scolaire, révélateur d’une jeunesse en danger

Au mois de février, une étude de la Direction de l’évaluation et de la prospective (DEP) de l’Éducation nationale faisait apparaître la proportion moyenne d’élèves absentéistes (quatre demi-journées d’absence par mois sans justification) : 5 % du nombre total des collégiens et lycéens. Toutefois, le chiffre se voyait doublé pour le lycée professionnel…

En 2002, près de 82 000 signalements d’élèves absents avaient été adressés aux inspections académiques. Un rapport de 2003 sur « les manquements à l’obligation scolaire » avait constaté qu’après les avertissements adressés aux familles, le taux de reprise n’était que de 65 %. Et — alors que toutes les familles n’en bénéficient pas — les suspensions d’allocations familiales étaient, à la même époque, plutôt en augmentation : 2900 pour l’année scolaire 2001/2002, contre 2400 l’année précédente.

Il y a deux ans, le ministre délégué à la Famille, Christian Jacob, avait voulu équilibrer répression et accompagnement : d’une part, une amende non négligeable (750 €) avait été instituée pour sanctionner les parents d’élèves absentéistes, d’autre part des cellules départementales de soutien aux pères et mères en difficulté à cet égard, en « panne d’autorité », devaient être mises en place. Le ministère avait également — enfin — abrogé le dispositif, critiqué par tous les professionnels comme contre-productif, permettant aux caisses d’allocations familiales de suspendre les prestations aux parents d’élèves en difficulté.

C’est à cette même époque que l’on a pu voir apparaître les fameux « stages parentaux ». Le tribunal correctionnel de Toulon en avait mis en route, à titre expérimental, obligeant des parents d’enfants en difficulté ou délinquants à rencontrer des intervenants sociaux pour se « responsabiliser ». En n’hésitant pas à sévir en cas de manquement pour les parents « dont l’attitude met en danger leur enfant » : ainsi, la même juridiction avait envoyé en prison pour un an ferme, début 2003, la mère d’un mineur délinquant de treize ans pour avoir compromis « la santé, la moralité ou l’éducation » de son fils. En effet, elle ne s’était pas acquittée de tous ses rendez-vous de stages parentaux.

Créées en 1998, les classes-relais restent, quoi qu’on en dise, une réponse à l’échec, à la violence, à l’absentéisme scolaire : cinq ou six élèves par classe pendant quelques semaines, les 4/5èmes réintégrant leur cursus classique au bout de quelques mois (lire l’exemple en Seine-Saint-Denis). Au nombre de cinq mille actuellement, les places en classe-relais devraient passer à quinze mille d’ici à 2010.


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