N° 754 | du 26 mai 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 26 mai 2005 | Jacques Trémintin

Oser réussir l’insertion

Catherine Bernatet


éd. de l’Atelier, 2005, (187 p. ; 22 €) | Commander ce livre

Thème : Insertion

La succession des dispositifs et des lois d’insertion à laquelle nous assistons depuis trente ans n’a réussi à enrayer ni le chômage, ni la paupérisation. Au point de s’interroger sur le but recherché : ne s’agirait-il pas finalement de gérer un volant de chômeurs réputés incompressibles, tel un cautère destiné à panser sans jamais soigner ? Pour les uns, les demandeurs d’emploi souffriraient d’un déficit d’« employabilité », leurs compétences étant trop décalées par rapport aux exigences des employeurs. Et il est vrai que les tâches demandées aux salariés ont beaucoup changé en quelques années : il est de moins en moins possible de prédéterminer, de programmer et de prescrire, le travail se complexifiant et nécessitant l’adoption de nouveaux comportements (flexibilité, réactivité, savoir-être productif, gestion des aléas, intercommunication…). Mais la politique de formation s’est avérée peu efficace. Pour les autres, c’est l’État qui se montre incapable de mener les actions adéquates pour résorber l’exclusion, comme si l’adoption d’un dispositif pouvait créer magiquement de l’emploi.

Pour l’auteur, les uns comme les autres oublient l’essentiel : il est impossible de lutter efficacement contre le chômage sans s’appuyer sur les savoirs et les vécus des personnes concernées. Mettant en œuvre la méthodologie centrée sur la personne, elle rappelle que vouloir explorer les connaissances des exclus, c’est les considérer comme les acteurs de leur changement et porteurs de leurs solutions. Dès lors, travailler à un parcours de réussite passe par la valorisation de leurs expériences positives et constructives et l’émergence de leurs compétences. Ce qui apparaît ici comme central, c’est bien la coconstruction de l’insertion avec le public concerné. Pour atteindre cet objectif, trois conditions sont requises. Il faut tout d’abord changer de regard. Trop souvent les personnes victimes d’exclusion sont réduites à leurs problèmes et à leurs limites, au point d’en oublier les capacités dont elles sont dotées : « reconnaître la personne en face de soi comme porteuse d’un savoir inestimable quant à ses possibilités d’insertion, c’est aussi reconnaître les prémisses de la réussite individuelle » (p.87).

Mais si le ressort individuel est essentiel, encore faut-il qu’il soit accueilli et stimulé dans une atmosphère de bienveillance et de valorisation : les formidables atouts ancrés en chacun, l’énergie intérieure souvent contenue nécessitent d’être mis en lumière avec tact et délicatesse. Enfin, les intervenants en insertion doivent renoncer à croire qu’ils sont les seuls autorisés à connaître ce qu’il convient de faire pour l’autre. « Combien de désirs professionnels ont été rejetés parce que n’entrant pas dans les normes de faisabilité entretenues par les professionnels chargés de les écouter et de les accompagner » (p.87-88). La question ne serait donc pas tant de multiplier les mesures et les dispositifs que de les rendre plus souples et adaptables pour qu’elles soient compatibles avec les projets de chacun.


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