N° 741 | du 17 février 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 17 février 2005

« On pourrait presque parler de mutation de notre projet »

Propos recueillis par Guy Benloulou

Pour Arianne Bourrelier, directrice de la Maison des jeunes et de la culture du Val Maubuée, la MJC a considérablement évolué tant dans ses missions que dans l’accueil des publics et des activités proposées… « Créer du lien social mais aussi donner accès à la culture, reste malgré les difficultés rencontrées sa raison d’être », explique-t-elle.

À quel type de public s’adresse votre structure ?

Nous nous adressons à un public intergénérationnel. Certains projets concernent une tranche d’âge précise, mais une part importante de nos actions est à l’attention des familles. Par ailleurs, susciter la rencontre entre des publics diversifiés que ce soit par l’âge, la position sociale ou l’origine culturelle, est un des fondements de la MJC.

Votre pratique professionnelle s’en trouve-t-elle modifiée ?

Oui, bien sûr, puisque nos projets en effet mettent en valeur les compétences ou la créativité des jeunes (mais également des autres publics) plutôt que de s’axer principalement sur les difficultés qu’ils rencontrent. Les jeunes, s’ils rencontrent des difficultés, sont surtout à l’âge où l’imaginaire ne demande qu’à se développer. Leur permettre de s’exprimer et de montrer ce qu’ils savent faire les incite à se renforcer pour leur avenir et à donner une image positive aux autres publics d’adultes mais également d’enfants. Une fois par an, au minimum, nous travaillons en partenariat avec d’autres associations sur des sujets de prévention. Ces sujets traitent des difficultés qu’ils peuvent rencontrer, mais là encore nous sommes attentifs au fait qu’une des actions du projet fasse en sorte que ces jeunes puissent s’exprimer artistiquement et si possible avec une pointe d’humour et de vitalité.

Cela nécessite-t-il de votre part une adaptation permanente aux nouveaux publics ?

Depuis 1979, la MJC a vu la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée et en particulier le secteur du Val Maubuée évoluer considérablement. La population initialement envisagée s’est enrichie d’habitants d’origines culturelles très diverses mais également pour une part de personnes en situation précarisée.

Le projet de la MJC a cherché à évoluer en conséquence. On pourrait presque parler de mutation de projet qui s’opère progressivement. Entre autres, depuis deux saisons, nous avons lancé un nouveau projet, D’une Culture à l’Autre. Trois fois par année scolaire, nous abordons une culture (un mode de vie et une histoire propres à une population) pendant un mois. Plutôt qu’une diffusion exclusive de spectacles sur le thème choisi, nous axons principalement nos forces sur la découverte et les liens tissés avec les publics visés.

Ainsi nous avons abordé depuis novembre 2002, les gens du voyage, l’Algérie, le Chili, le Mali et la Chine. Nous avons travaillé en lien étroit avec les associations de la ville mais également des groupes d’habitants existants ou que nous avons constitués. Grâce à ce projet, des personnes de différentes origines et de différentes tranches d’âges se sont rencontrées et ont gardé des contacts réguliers à l’issue de la manifestation. Une autre étape pour nous est de trouver des prolongements à ces manifestations.

Comment vos intervenants s’organisent-ils par rapport à ces nouveaux publics ?

L’équipe s’adapte aux nouveaux publics et nous voyons de nouveaux emplois émerger comme les adultes relais. On constate aussi que ce sont les publics eux-mêmes qui se posent en formateurs inconsciemment mais aussi parfois consciemment, prenant le temps de nous expliquer progressivement les règles de leur groupe. Je pense aux adultes des familles maliennes d’un quartier. Si nous tâchons de les sensibiliser à la culture française, eux-mêmes se sont vraiment montrés soucieux de nous expliquer les règles à respecter, par exemple pour faire passer un message auprès de l’ensemble des parents de leur communauté. Mais chaque nouveau projet à mener avec eux nous met devant la nécessité de repenser notre manière d’intervenir et chaque fois nous éprouvons des difficultés à bien anticiper toutes les situations.

À quels types de difficultés vous heurtez-vous principalement ?

En ce qui concerne le développement de nos actions, une des difficultés est évidemment la charge de travail que représente la recherche de financement. Ceux-ci dans certains cas se raréfient. De plus nous rencontrons des difficultés croissantes pour connaître les financements alloués avec certitudes dans des délais raisonnables. Nous sommes parfois informés en novembre de la somme attribuée pour l’année en cours.

Quels sont vos principaux financeurs ?

Nos principales sources sont notamment la ville de Noisiel, leFASILD (fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations) dans le cadre de la politique de la Ville, la direction départementale de la jeunesse et des sports, le conseil général, le FONJEP (Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire) et le CNASEA (Centre national pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles).

Qu’est-ce qui vous différencie des autres MJC ?

Nous accueillons surtout les jeunes, mais le principal de notre action consiste à les accueillir sur des projets, notamment dans le domaine musical ou lié à la danse. Nous tâchons de les inciter au maximum à avoir une pratique artistique pour laquelle nous assurons un accompagnement plutôt que de privilégier l’accueil libre ou la sortie ponctuelle. Cependant l’animation avec les jeunes est ce qu’il y a de plus difficile dans notre domaine professionnel.

En outre, nous avons réalisé, dans le cadre du projet D’une Culture à l’Autre des vidéos (et des enregistrements audio) sur des témoignages d’habitants de Noisiel liés à la culture choisie. Ces témoignages ont été partiellement repris dans les trimestriels de communications. Ils sont ensuite diffusés pendant la manifestation dans le cadre de l’exposition et vont être repris pour la réalisation d’un livret sur la mémoire de la ville. 29 personnes ont été interviewées à ce jour. Sur chaque culture un thème a été choisi pour les interviews en fonction du contexte d’immigration : la diversité des liens avec l’Algérie, comparaison entre l’éducation ici et l’éducation au Mali. Ces témoignages nous ont permis de créer des liens avec de nouveaux habitants mais également de faire découvrir aux autres habitants les cultures par le biais de témoignages sur des parcours de vie. Ce travail a été et est très précieux pour nous et notre relation avec les habitants.

Existe-t-il des relais avec les travailleurs sociaux ?

Nous avons travaillé en lien avec des travailleurs du secteur social en général pour trouver des témoins. Par exemple, lors de notre travail sur les gens du voyage, nous avons été mis en relation avec des Manouches grâce à des professionnels qui assuraient un accompagnement social sur l’aire d’accueil. Inversement, notre projet a facilité, semble-t-il, la relation avec l’association Cultures et Solidarité qui intervient auprès des écoliers.

Nous avons également cherché des témoins par le biais de groupes en alphabétisation et nous leur avons par la suite proposé de visiter les expositions et de visualiser les témoignages. Ils ont échangé sur les parcours de vie. Parfois des parallèles sont faits entre des jeunes de différentes origines mais aussi entre des adultes immigrés de différents pays. De manière générale, notre objectif étant de toucher des publics peu enclins à venir spontanément dans une MJC, le partenariat avec des acteurs du secteur social est essentiel.


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