N° 1004 | du 3 février 2011

Critiques de livres

Le 3 février 2011 | Jacques Trémintin

Omerta dans la police

Sihem Souid & Jean-Marie Montali


éd. Le Cherche Midi, 2010 (270 p. ; 18 €) | Commander ce livre

Thème : Droits de l’homme

Quand Sihem Souid entre à l’école de police de Draveil, elle est émue en entendant la Marseillaise et frissonne en voyant la levée des couleurs. C’est avec fierté qu’elle porte l’uniforme et exerce ce travail où elle se sent utile. La lutte contre l’immigration clandestine ne lui pose aucun problème moral : il est normal, à ses yeux, que l’État français gère les flux migratoires. Cela tombe bien, elle est affectée à la police aux frontières à Orly, son bilinguisme constituant un atout non négligeable pour exercer dans ce service. Et là, stupéfaction : cette jeune femme découvre des pratiques aux antipodes de la haute opinion qu’elle a du pays des droits de l’homme. Un vol en provenance d’Afrique ou des pays du Maghreb ? Encore un avion de bamboulas ou de bougnoules, ricanent certains de ses collègues. Tout étranger, surtout s’il est bronzé, est considéré par principe comme un suspect, un parasite potentiel, un tricheur et un menteur.

Comme il s’agit de faire du chiffre, tous les moyens sont bons pour expulser. Cette mamie algérienne en règle, mais ne sachant parler français, retourne dans son pays, après avoir visité ses enfants ? On l’interroge et on lui fait signer un papier où elle atteste être entrée de manière illégale. Elle sera fichée et ne pourra plus jamais revenir. Peu importe : c’est un bâton de plus dans les statistiques. Un médecin marocain a promis à son fils, pour ses dix ans, de lui faire visiter Paris ? Il lui manque quelques dizaines d’euros pour pouvoir entrer sur le territoire français. On ne le laissera pas les retirer au distributeur tout proche : remis dans le prochain avion. Un bâton de plus. Ce grand noir proteste de la validité de son passeport américain ? On ne nous la fait pas ! Il faudra l’intervention de son ambassade pour le faire libérer. Pas grave, il a été, lui aussi, comptabilisé dans les statistiques. Cette Africaine placée en cellule essaie de s’étrangler avec ses vêtements ? On la déshabille. C’est le défilé de tous ces valeureux fonctionnaires venant voir une négresse toute nue.

L’arbitraire et la bêtise ne se contentent pas de s’attaquer à de pauvres gens. Elle se retourne tout autant contre les personnels de la PAF : insultes contre ceux qui ont le malheur d’être eux-mêmes d’origine arabe ou qui affichent leur homosexualité. C’en est trop, pour Sihem Souid qui n’a pas eu un grand-père engagé dans la Résistance pour rien. Mais la hiérarchie interpellée promeut les chefs racistes, ferme les yeux sur la corruption (billets d’avion et caisses de champagne accordés aux gradés bienveillants) et couvre les pratiques illégales. Courageusement, Sihem Souid refuse l’omerta. Il ne reste plus que la révélation et le dépôt de plainte. Non pour salir la police, mais pour que certains policiers cessent de salir leur noble mission.


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