N° 1082 | du 15 novembre 2012

Critiques de livres

Le 15 novembre 2012 | Marianne Langlet

Nous… la cité. On est partis de rien et on a fait un livre

Rachid Ben Bella, Sylvain Erambert, Riadh Lakhéchène, Alexandre Philibert, Joseph Ponthus


éd. La Découverte, 2012 (216 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thème : Banlieue

« On est partis de rien et on a fait un livre » : quatre jeunes hommes de Nanterre découvrent le pouvoir des mots grâce à un éducateur spécialisé, Joseph Ponthus. Pendant un an, il mène un atelier d’écriture avec ces quatre garçons. Résultat : un livre publié aux éditions la Découverte avec pour titre Nous… la cité. Mais avant ce travail d’écriture, il a fallu des années de mise en confiance construite petit à petit par l’éducateur, faite de petits riens et de grands moments de la vie partagés au bas des immeubles. C’est cette mise en confiance qui a rendu possible ce livre alors que « l’écrit plus que tout autre chose est une lutte » explique Joseph Ponthus et que pour ces « mômes » « tout ce qui ressemble à une page blanche, un stylo, un livre renvoie à une forme d’échec larvé, insidieux ».

Et le résultat frappe, au fil des pages, les quatre jeunes décrivent leur quotidien, leur relation à la police, à la prison, à l’école : « Ils en ont tellement marre de toi qu’ils te font passer juste pour plus t’avoir, d’ailleurs, qu’est-ce que tu voulais faire avec nous ? On se faisait même exclure de la salle d’exclusion », écrit Rachid. Ils racontent la rue : « À l’école de la rue, on apprend des choses qui servent au quotidien, on apprend sans apprendre, sans devoirs à faire, on apprend la façon de se comporter avec les gens, et puis des choses pas glorieuses aussi. » Ils écrivent sur leur rapport à la justice, au travail, au deal : « Les gens disent souvent que c’est de l’argent facile mais, en fait, c’est faux. C’est pas de l’argent facile, c’est de l’argent rapide. Et c’est un vrai travail, non-stop. »

Les textes des jeunes sont reliés par les mots de l’éducateur, comme un journal de bord de l’aventure du livre mais aussi du quotidien dans cette banlieue. Il raconte son travail d’éducateur, l’amour de son métier, le tissage des liens… et la fin de son club de prévention. Le conseil général des Hauts-de-Seine a choisi de déconventionner l’association. « Trois clubs de prévention à Nanterre, alors que des quartiers ne sont même pas couverts ? Qu’à cela ne tienne, on en fera un seul, un beau, un gros […]. Des économies substantielles. Et un seul directeur, c’est plus facile pour discuter. »


Dans le même numéro