N° 930 | du 28 mai 2009 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 28 mai 2009

« Nous demandons que ces interpellations ne se passent pas au sein des structures »

Propos recueillis par Marianne Langlet

Entretien avec Nicole Maestracci, présidente de la fédération nationale des associations des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars)

Vous encouragez les structures d’hébergement à communiquer sur les interventions policières qu’elles peuvent subir, pourquoi ont-elles du mal à en parler ?

Les associations ont une grande réticence à communiquer, car elles craignent que cela n’ait des conséquences pour les personnes accueillies comme pour elles-mêmes. La plupart sont en effet essentiellement financées par l’Etat et elles veulent garder de bonnes relations avec leurs autorités de tutelle. Par ailleurs, leur travail quotidien n’est pas toujours jugé suffisamment spectaculaire par les médias, elles n’ont donc pas l’habitude de la médiatisation.

Ont-elles peur de perdre leurs financements ?

L’inquiétude essentielle n’est pas là : nos centres sont pleins et nous savons que les pouvoirs publics ont besoin de nous. Mais prenons l’exemple des centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada). Ils n’ont, en principe, pas le droit de garder un demandeur d’asile dont la demande a été déboutée au-delà d’un mois après la décision de l’office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). S’ils le font, ils peuvent être pressés par la préfecture qui les menace de cesser de les payer. Or, les solutions d’hébergement à la sortie des Cada sont très restreintes. Les familles sont orientées vers les centres d’hébergement d’urgence ou les hôtels sociaux via le 115 à Paris, mais il faut du temps pour trouver une solution. Les travailleurs sociaux ne veulent pas forcément garder à tout prix ces personnes, simplement ils sont face à des situations de détresse. Ils considèrent, à juste titre, que leur mission est d’y répondre. Leur impression actuelle est que cette mission n’est plus reconnue, qu’ils font l’objet d’une suspicion constante. C’est, d’ailleurs, au nom de cette suspicion que certains bénévoles et travailleurs sociaux ont été interpellés et mis en garde à vue pour aide au séjour irrégulier.

Le travailleur social n’est-il pas entre deux légalités : celle de l’accueil inconditionnel et celle de l’interpellation d’une personne en situation irrégulière ?

Il faut être très clair sur ces interpellations. La loi existe : soit les personnes sont interpellées dans le cadre d’une commission rogatoire parce qu’un juge d’instruction est saisi d’une information, soit elles sont interpellées dans le cadre de ce que nous appelons la flagrance qui autorise les services de police à interpeller quiconque, y compris dans les parties communes des centres d’hébergement, lorsqu’un délit vient d’être commis. Il faut ici distinguer deux situations : celle ou il existe une autre infraction que le délit de séjour irrégulier – trafic ou braquage par exemple - il est alors normal que la personne soit interpellée, étrangère ou pas. Il ne faut donc pas faire de confusion. Nous ne voulons pas que les centres deviennent des lieux de non droit. En revanche, dans la deuxième situation, lorsqu’il s’agit exclusivement d’un problème de séjour irrégulier, nous demandons que ces interpellations ne se passent pas au sein des structures. Il faut que nous puissions y travailler en paix.

Est-ce que ces interpellations ne vont pas pousser les centres à plus de frilosité quant à l’accueil des personnes sans papiers ?

Les associations sont claires sur le fait qu’elles doivent accueillir toute personne de manière inconditionnelle. Toutefois, il est vrai que les personnes sans papiers sont plutôt hébergées dans des centres d’accueil d’urgence. Il existe une sorte de désespérance des travailleurs sociaux des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) parce que, sans perspective de régularisation, il est très difficile d’accompagner ces personnes. Il peut donc y avoir un écart entre les principes et la réalité.

Que demande la Fnars face aux interpellations actuelles ?

Nous voulons le respect de la mission d’accueil inconditionnel des personnes en détresse – quelle que soit leur situation administrative – qui nous a été confiée par la loi. Ce respect implique d’une part d’éviter les interpellations au sein des centres, et, d’autre part, de ne pas poursuivre pour aide au séjour irrégulier des professionnels ou bénévoles qui accompagnent ces personnes.


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