N° 1207 | du 11 mai 2017

Critiques de livres

Le 11 mai 2017 | Jacques Trémintin

Notre France • Dire et aimer ce que nous sommes

Raphaël Glucksmann


éd. Allary, 2016, (269 p. – 18,90 €) | Commander ce livre

Thème : Citoyenneté

Les prophètes de la décadence française n’ont rien inventé. Le refrain du « tout fout le camp » date du Moyen-Âge et n’a depuis jamais cessé, désignant successivement comme bouc émissaire de ce déclin : les sorcières médiévales, les protestants, les juifs, les libres penseurs, les Polacks, les syndicalistes, les Ritals, les Arabes, les Roms, les pédés, les syndicalistes, les cosmopolites, l’américanisation, le multiculturalisme, sans oublier… Angela Merkel ! Plongeant dans l’histoire de notre pays, Raphaël Glucksmann identifie deux conceptions de la citoyenneté française.
Il y a celle qui se construit à partir de syllogismes réactionnaires : aujourd’hui, nous sommes métissés, nous sommes sans Dieu, notre langue est maltraitée et nous vivons une crise identitaire car nos racines sont bousculées par la mondialisation. Hier, les Français de souche étaient maîtres chez eux, notre terre sacralisée et notre langue protégée, l’État garantissait notre identité, car nous étions ancrés à notre terre. Il faut donc combattre les mélangistes et les remplacistes, éliminer les facteurs de déracinement, lutter contre le multiculturalisme, protéger notre langue et évincer tout élément perturbateur.
Mais avant, c’était quand exactement ? Est-ce avant le 23 février 1515, quand le parlement de Paris établit le jus soli (nationalité fondée sur le droit du sol) ? Est-ce avant 1532, l’édition de Pantagruel dans une langue empruntant aux idiomes des terroirs ? Est-ce avant la révolte des bonnets rouges en 1675, remettant en cause le régime royaliste ? Et que sont nos origines : continentales, méditerranéennes, atlantiques ? Toutes ces critiques sont les mêmes que celles adressées en leur temps à un Molière, à un Voltaire, à un Diderot qui refusaient déjà d’enfermer le présent dans le carcan des racines supposées et d’utopies aléatoires.
L’auteur l’affirme avec force : notre France est cosmopolite, portant avec fierté la mémoire des vingt trois apatrides de l’« affiche rouge » fusillés pour s’être opposés à l’occupant nazi. Notre France est universaliste, son prestige ayant rayonné à travers le monde, pendant des siècles. Les droits de l’homme, l’Europe, la tolérance sont au cœur d’une citoyenneté française qui s’abreuve aux sources d’un Rabelais (pour son goût de l’irrévérence), d’un Descartes (pour son rationalisme) et d’un Voltaire (pour sa liberté de pensée). Mais, alors que ces valeurs sont loin d’être acquises, le drame des progressistes c’est leur incapacité à les reproduire et à les défendre, parce qu’ils ont trop longtemps adhéré à des mensonges criminels.


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