N° 795 | du 27 avril 2006

Critiques de vidéos

Le 27 avril 2006 | Margherita Caron

Ni putes ni soumises, itinéraire d’un combat

Monique Castro

52 mn (2005)

Disponible chez pixmania

Thème : Femme

Le 11 mai 2006, paraît en DVD le documentaire de Margherita Caron, Ni putes ni soumises, itinéraire d’un combat sorti en 2005. Le film alterne témoignages à vif, réflexions, extraits de débats houleux, belles photos d’enfants jouant dans les cités, portraits de femmes en noir et blanc et slogans scandés durant la fameuse marche de l’association. Il ressort de ce mixage une espèce d’enthousiasme fébrile et le sentiment que rien n’est encore gagné. « Cela faisait vingt ans que j’attendais un tel discours sur l’égalité des sexes », déclare Élizabeth Badinter, écrivain, agrégée de philosophie et spécialiste du siècle des Lumières. Elle ajoute : « Cette association s’est levée pour dire non, on n’est plus habitué aujourd’hui à dire non. Ni putes ni soumises incarne la résistance et les valeurs fondamentales de la République ».

Tout est parti de Vitry-sur-Seine. Au printemps 2002, à l’issue des États généraux des femmes qui se sont tenus à la Sorbonne, Fadela Amara et une poignée de copines de banlieue lancent un appel dénonçant le machisme et les violences faites aux femmes. «  J’étais convaincue que si quelque chose devait se faire ce serait par les femmes. Je voulais une action pacifiste, je suis admiratrice de Martin Luther King et de Gandhi. Il fallait interpeller l’opinion publique pour pouvoir agir sur le gouvernement », déclare-t-elle.

Pour cela, elle organise une grande marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité qui va traverser 23 villes. Le 1er février 2003, sous de gros flocons de neige et les applaudissements des habitants, deux garçons et quatre filles dont la sœur de Sohanne, cette jeune fille de 17 ans brûlée vive et Samira Bellil, décédée depuis et auteur du livre Dans l’enfer des tournantes, commencent leur tour de France. Trois mois plus tard, à Paris, ils seront 30 000.

On n’a pas émigré pour ça

À l’écran, les témoignages se succèdent, souvent en mots crus, surtout quand il s’agit de décrire un viol ou une fellation forcée. Pour autant, tout n’est pas noir en banlieue. Et une dispute éclate entre une participante à un débat et Fadela Amara, la dame lui reprochant de stigmatiser la jeunesse des banlieues et de tenir un discours raciste. Si tout n’est pas noir, force est de constater que les choses ont changé. À cause du chômage de masse qui a déstabilisé les pères de famille en leur confisquant leur rôle, à cause aussi de la discrimination et de l’émergence des mouvements intégristes. Ce qu’on appelle l’islamisme des caves.

Fadela Amara raconte qu’un jour elle organisait un débat à Trappes, en banlieue parisienne. « Des jeunes filles sont rentrées avec la burka. Nous, on est contre le voile, car c’est un outil de pression. Les musulmans de Trappes m’ont condamnée à mort et ils ont organisé une contre-manif à laquelle ont participé 150 femmes en burka ». Une jeune fille, émouvante, témoigne comment sa sœur qui était coquette et pas vraiment la dernière « pour monter des plans aux parents afin de pouvoir sortir » a décidé, du jour au lendemain, de porter la bürka, des gants et de grosses chaussettes afin de ne pas laisser voir la moindre partie de son corps. Le plus difficile avoue-t-elle : « C’est de ne plus pouvoir rentrer en contact avec elle, je ne la retrouve plus. Je me demande ce qu’elle cherche à nous dire en s’habillant comme ça ».

De leur côté des pères et des mères de familles rappellent qu’ils n’ont pas émigré pour ça, pour que leurs enfants deviennent des voyous, soient sans perspective d’avenir ou basculent dans l’intégrisme. Pour sensibiliser les jeunes, des membres de l’association se rendent dans les collèges, ils y défendent la mixité, l’égalité et mettent en garde contre la dérive des ghettos. « Nous insistons pour que le dialogue soit maintenu dans la cité comme dans la cellule familiale. Ce qui est important, c’est que les lascars des cités parlent, qu’ils vomissent toute la haine qu’ils ont en eux. On veut provoquer le débat, libérer la parole ». Aujourd’hui dans les cités, se réjouit Fadela Amara, « on trouve des jeunes garçons et filles qui se revendiquent Ni putes ni soumises ».