N° 556 | du 14 décembre 2000 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 14 décembre 2000

Ne pas confondre supervision avec un groupe de formation

Propos recueillis par Guy Benloulou

Il n’est pas facile de remettre en question son travail avec les usagers sans interroger, voire contester l’autorité. Une forme d’analyse de l’action qui peut donc être parfois subversive mais qui est souvent nécessaire. Entretien avec Dominique Fablet, enseignant-chercheur au département de sciences de l’éducation de l’université de Paris X-Nanterre

Comment définissez-vous la supervision des équipes de travailleurs sociaux aujourd’hui ?

Parler de supervision d’équipe, c’est parler d’analyse des pratiques concernant des agents d’une même organisation, d’un même collectif de travail. Dans un dispositif de cette nature, les interactions entre participants diffèrent de celles existant dans des groupes de formation, c’est-à-dire dans des groupes réunissant de manière épisodique et limitée dans le temps, un ensemble de professionnels exerçant le même type d’activités mais dans des structures diverses. En évoquant des situations de travail auprès d’usagers lors de séances de supervision d’équipe, les professionnels ne traitent pas seulement des représentations qu’ils ont de ces situations, mais des problèmes rencontrés par les membres d’un groupe « réel » ou « naturel », c’est-à-dire inscrits dans un contexte institutionnel déterminé ; ce qui n’a rien d’évident dans la mesure où les professionnels ayant des liens de travail obligés peuvent être en désaccord sur la façon d’exercer ou en butte à des conflits interpersonnels.

D’autre part, les modalités du travail de supervision peuvent se révéler très diverses et ceci en fonction de la (des) catégorie (s) de professionnels et de leur type d’activité, des missions du service, des caractéristiques des usagers concernés, mais aussi de la position du superviseur (interne ou externe), de son identité professionnelle (psychologue, formateur, psychiatre…) et de son inscription institutionnelle s’il est externe (free lance, salarié d’un organisme, universitaire…), de ses références théoriques (psychanalyse, psychosociologie…), de ses options techniques et des règles de fonctionnement qu’il instaure (privilégie-t-il l’aspect procédural de l’activité des professionnels ou leur implication dans l’action et la relation qu’ils entretiennent avec les usagers ? Quelle place accorde-t-il au travail de et en groupe ?

La supervision peut-elle déboucher sur une remise en cause des fonctionnements institutionnels ?

Je préfère dire que la supervision d’équipe interroge les fonctionnements institutionnels. Dès qu’on s’adresse à un groupe de professionnels ayant des liens de travail obligés alors la finalité du travail de supervision n’est plus seulement le changement ou l’évolution des personnes qui y participent (comme ce serait le cas dans un cadre de formation), mais aussi, peu ou prou, celui de leur collectif de travail. De ce fait, même si en supervision d’équipe on se penche avant tout sur le type de démarche ou d’approche mise en œuvre dans le rapport aux usagers, il est rare que le travail d’exploration ne concerne pas à un moment ou un autre le projet du service ou de l’établissement, son mode d’organisation, les rapports entre professionnels.

Une des critiques couramment entendue au sujet des supervisions est aussi son côté intrusif dans la vie personnelle du travailleur social ?

Il me semble que dans un travail de nature clinique où l’élucidation des mouvements transférentiels et contre-transférentiels, à l’œuvre dans les pratiques d’un groupe de professionnels, constitue l’un des axes de travail possibles (voire privilégiés si l’on adopte une approche d’inspiration psychanalytique), on ne voit pas comment on pourrait éviter de questionner, à un moment ou un autre, les modes de fonctionnement intrapsychique des professionnels ; toutefois se centrer prioritairement sur ces aspects nécessite assurément un tout autre cadre de travail qu’une supervision d’équipe. Reste que les dérives et les dérapages sont toujours possibles, d’où des critiques qui sont loin d’être toujours infondées.

Doit-elle ou peut-elle avoir aussi à terme une visée politique ?

Au sens de « politique politicienne », certainement pas. Mais s’il s’agit de permettre à un collectif de professionnels d’améliorer les interventions qu’il réalise en direction des usagers, de l’aider à mieux se gouverner lui-même grâce notamment à l’élucidation de ses conflits d’équipe, et ce tout en incitant à l’action, alors, en ce sens, on peut parler de visée politique.

La supervision est-elle nécessaire au travail social ?

Oui, dans la mesure où l’on sait ce qu’on peut attendre des supervisions d’équipe, un renforcement de la qualification des professionnels et le développement de dynamiques institutionnelles.


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