N° 831 | du 8 mars 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 8 mars 2007 | Jacques Trémintin

N’ayons pas peur des ados

Jacques Arènes


éd. Desclée de Brouwer, 2006 (164 p. ; 20 €) | Commander ce livre

Thème : Adolescence

On décrit souvent l’adolescence comme une période de grands remaniements identitaires. Le jeune est en recherche d’identification, s’adressant aux adultes disponibles y compris hors de sa famille, lui qui n’hésite pas à aller voir ailleurs et à se lancer à la recherche d’un autre monde. On met moins souvent l’accent sur la véritable expertise qui se déploie à cet âge à détecter la moindre faille dans la cohérence parentale, à pousser chacun des parents dans ses retranchements et à s’engouffrer dans les contradictions qu’ils affichent. Il est vrai que l’accès des enfants à l’adolescence correspond aussi pour les parents à une période de crise.

C’est pour eux l’heure du bilan amoureux et professionnel. Alors même que la jeunesse est sacralisée et que la disparition des grands-parents les laissent en première ligne face à la mort, ils ressentent leur enfant comme le révélateur de leur propre vieillissement. D’autant qu’en grandissant ces mêmes enfants ont perdu l’illusion d’avoir des parents parfaits, extraordinaires et admirables en tout, les plaçant au contraire sous une loupe déformante qui majore leurs défauts.

Dans un monde où l’on prône la satisfaction immédiate du désir, sans médiation et sans recul, il devient de plus en plus difficile d’imposer des limites à la toute-puissance de son enfant pubère. Avant, tout était donné, voire imposé par la société. Aujourd’hui, tout se passe comme si le jeune devait tout construire par lui-même. La modernité a remplacé l’hypocrisie par le cynisme : ce qui l’emporte c’est le culte de la surface et la méfiance de ce qui vient des profondeurs. Il est pourtant essentiel d’accepter la différence générationnelle et de donner à l’adolescent des axes, des directions et des pistes de développement.

Ce dont il a besoin, c’est d’être confronté à la sagesse et à la maturité de son parent. Lui qui fonctionne plus sur le registre de l’instinct et du pulsionnel et qui se sent immortel, ne s’imaginant pas vraiment vieillir, ne peut que bénéficier de la sagesse d’adultes qui, agissant avec bien plus de recul et de prise de distance, apportent mentalisation et élaboration. Loin de proposer cette pondération et ce discernement, nombre de parents préfèrent défendre leur territoire face à leurs enfants, rivalisant pour gagner leur amour ou apparaître comme celui qui s’occupe le mieux d’eux. Leur rôle reste néanmoins fondamental pour aider le jeune à canaliser l’explosion de vitalité qui surgit en lui et pour l’aider à mettre progressivement cette énergie au service du principe de réalité et pas seulement au service du seul principe de plaisir.


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