N° 1028 | du 1er septembre 2011

Faits de société

Le 1er septembre 2011

Mobilisation des professionnels de l’hébergement d’urgence

Monique Castro

Démission de Xavier Emmanuelli président et fondateur du Samu social, manifestation du 2 août… Le secteur de l’hébergement d’urgence est au plus mal et les professionnels entendent bien poursuivre le combat.

« Je me suis battu toute ma vie, je ne veux pas couvrir ça. Je serais président de quoi ? » s’interroge Xavier Emmanuelli dans une interview accordée, le 19 juillet, à l’hebdomadaire Charlie hebdo, à l’occasion de sa démission du Samu social qu’il a fondé en 1993, et qu’il présidait depuis. Le Samu social, conçu pour aller vers les sans-domicile, notamment les plus marginalisés, s’occupait également du 115 : en 2009, plus de 40 000 rencontres ont ainsi été opérées.

Mais s’il fut un temps où l’on pouvait accueillir les sans-abri, aujourd’hui, avec la crise économique et les restrictions budgétaires, la situation est devenue dramatique. D’après un rapport de la Fnars, la moitié des appels au Samu social se solde par une réponse négative faute de place dans les centres d’hébergements d’urgence. « Les gens sont à l’abandon, ils font partie du mobilier urbain, il n’y a que l’hiver que l’on s’en rappelle. Ça me dérange en tant que médecin, je suis bouleversé… Ce n’est plus gérable », ajoute Xavier Emmanuelli. Les familles avec enfant, qui autrefois bénéficiaient d’un accueil inconditionnel, se retrouvent aussi à la rue depuis que le budget des nuitées d’hôtel a été réduit de 25 %. 5 000 nuitées d’hôtel ont ainsi été supprimées, dont 3 500 dans la capitale.

Ainsi, mi-juillet à Paris, une vingtaine de familles, dont quarante enfants, dormaient sur le trottoir. Une situation insupportable pour les professionnels de l’urgence qui, depuis la fermeture des centres d’accueil hivernaux, ne cessent d’alerter sur les difficultés qu’ils rencontrent. « L’urgence sociale, personne n’y croit » ajoute-t-il, « ça appartient aux petits hommes gris. Les technos, les mecs qui pensent structures, budget et pas souci de l’autre ». Le 1er août, la coordination nationale des professionnels de l’urgence sociale a adressé une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy. « Aujourd’hui, en optant pour la restriction des financements accordés à l’hébergement, vous condamnez tout simplement, en dépit de la loi, des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants à l’errance, l’insécurité de chaque nuit, l’épuisement et la désocialisation… ».

Benoist Apparu se défend en mettant en avant sa volonté de privilégier le logement plutôt que l’hébergement. S’il a supprimé 4 500 places d’hébergement c’est pour en construire autant dans des logements, dans le cadre du dispositif du housing first, le logement d’abord. Or si les places d’hébergement sont bel et bien supprimées, les fameux logements ne sont pas encore construits et contrairement à ce que le gouvernement prétend, « les associations n’en disposent que de 1 500 », rappellent les professionnels dans leur lettre à Nicolas Sarkozy.

Ils poursuivent leur mobilisation début mars et ont appelé à une manifestation nationale le mardi 2 août, qui a été largement suivie à Paris et dans de nombreuses villes de province. Ils refusent d’« être les complices impuissants d’une situation de non-droit » et rappellent dans un communiqué leurs doutes par rapport à la politique du logement du gouvernement : « L’argument d’un accès au logement pour tous est un leurre : ces logements n’existent pas et l’accompagnement médico-social prévu n’est pas mis en place ». Ils demandent que la loi soit respectée, que l’État revienne sur la restriction de budget annoncée et « montre un réel engagement en faveur des plus démunis ». Une rencontre est prévue à la rentrée entre les associations de défense du logement et François Fillon afin de renégocier le budget…