N° 1212 | du 7 septembre 2017

Critiques de livres

Le 7 septembre 2017 | Jacques Trémintin

Mixité et violence ordinaire au collège et au lycée

Patricia Mercader, Annie Léchenet, Jean-Pierre Durif-Varembont, Marie-Carmen Garcia


éd. érès, 2016, (272 p. – 23 €) | Commander ce livre

Thème : Mixité

L’école est un haut lieu de formation des identités d’élève. Mais elle est aussi le creuset des identités sociales de genre. Les auteur·es démontrent combien cette institution fonctionne comme un système hétéro normatif, fixant des assignations dans lesquelles chacun·e est prié·e de se glisser. Il est impossible de séparer le monde des adolescent·es qui s’y déploie de celui des adultes, tant l’un et l’autre confortent et exercent un contrôle sur la virilité des garçons et sur la bonne féminité des filles.
La fabrique des garçons passe par la construction d’attitudes d’opposition, de transgression et de défi, constitutives d’une masculinité qui doit se démarquer de tout ce qui ressemble à l’autre sexe, mais aussi de l’homosexuel. La fabrique des filles se traduit par la pression exercée sur les registres de la séduction : elles doivent être belles, mais ne pas «  faire la belle  ». Elles ne doivent pas montrer qu’elles désirent attirer le regard d’un garçon, au risque d’être accusées de « faire la pute ». Elles doivent s’habiller sexy, mais pas être provocantes. Le genre domine les interactions, pouvant mener à des insultes sexualisées et à des conduites violentes comme autant d’instruments de contrôle social du groupe de pairs sur les individualités qui s’écarteraient des prescriptions hétéro normatives.
Cette pression joue un rôle de socialisation et d’intégration, tout en servant à consolider une identité sexuelle fragile à l’adolescence. Cela prend souvent des formes banales et anodines : conversations et blagues, bousculades et bourrades, parades et pavanes sont pratiquées dans les cours de récréation, les couloirs ou les cantines. Laisser passer devant soi ou pas dans le couloir, regarder dans les yeux ou les baisser relève alors d’épreuves de dominance, de préséance et de subordination de genre. La difficulté est bien, pour les adultes censés réguler les relations entre élèves, de distinguer ce qui est « pour de vrai » et ce qui est « pour de faux ». Les codes sociaux permettant aux élèves de mesurer le degré de violence n’est pas le même que celui des adultes. Ainsi, pour nombre d’adolescents, l’agression verbale constitue un mode normal de communication. Seules les insultes s’attaquant aux ascendants ne sont pas tolérées.
Pour autant, il n’y a aucune fatalité à cet ancrage stéréotypique de genre. Des marges de manœuvre sont possibles pour que les adolescent.e.s n’en restent pas prisonniers. L’éducation peut y contribuer, pour autant qu’elle s’en donne les moyens.


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