N° 621 | du 16 mai 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 16 mai 2002 | Jacques Trémintin

Mille et un jours d’un éducateur

Francis Alföldi


éd. Dunod, 2002, (190 p. ; 19,50 €) | Commander ce livre

Thèmes : Éducateur, Pratique professionnelle

Francis Alföldi nous a commis là rien moins qu’un petit bijou. Son ouvrage possède toutes les qualités. Il est d’abord écrit magnifiquement. Il est ensuite produit par quelqu’un qui sait de quoi il parle et qui, en tant que praticien, nous met en récit ses techniques de travail. Il articule enfin avec une rare dextérité la théorie et la pratique, l’abstraction pure et l’expérience directe. On ne trouvera pas ici de ces vignettes cliniques fastidieuses qui rentrent dans tous les détails avec l’espoir ainsi de les objectiver.

L’auteur fait le choix de privilégier les temps forts de son travail et revendique la subjectivité d’un observateur qui participe à ce qu’il observe. Son objectif est bien de montrer un professionnel de l’intervention à domicile en action. Et puis, il y a cette profonde humilité qui fait place au doute et aux pentes inconfortables de l’incertitude : aucune méthode unique ne peut correspondre à coup sûr aux situations de terrain, aucune réponse ne peut prétendre apporter la bonne solution. « En clinique du social, comme en bien d’autres domaines, il faut savoir changer d’avis » (p. 96).

Les descriptions qui nous sont faites servent de support à un certain nombre de concepts théoriques qui trouvent ainsi une illustration magistrale dans leur confrontation au réel. Ainsi de l’établissement du lien de confiance qui constitue la voie royale du travail à domicile et qui passe par la « technique Columbo » : savoir, à un moment, se placer en position basse par rapport à l’usager, le requalifier en le mettant en situation de compétence par rapport au professionnel. Ainsi de l’utilisation de la relation fortement négative (en cas de conflit) ou positive (en cas de grande confiance) qui se crée, lors des suivis.

Françis Alföldi n’hésite pas à parler tant de l’amour professionnel qu’il voue à certains parents que de la nécessité pour un « travailleur social qui a été dépositaire d’un transfert intense de savoir lâcher prise quand il est temps » (p. 96). Ainsi du cheminement accompli par un message difficile à accepter et qui finit par percer chez l’autre (et qu’en psychanalyse, on dénomme d’une façon barbare perlaboration).

Ainsi de cette pensée double qui traverse l’esprit humain en permanence (plaisir/douleur, domination/soumission, puissance/fragilité, rationalité/intuition, objectivité/subjectivité) et à laquelle est confronté en permanence l’intervenant. Le praticien doit alors apprendre à intégrer ces dimensions opposées en assimilant dans une même compréhension des discours contraires : passer d’une logique de contradiction (pensée binaire) à une logique du paradoxe (pensée bipolaire). Ainsi de la stratégie du lâcher-prise qui permet au professionnel un retour à l’intérieur de soi propice à la réactivation du discernement, de l’empathie et de la prise de distance. Un ouvrage à surtout ne pas manquer.


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