N° 1124 | du 31 octobre 2013

Faits de société

Le 31 octobre 2013 | Joël Plantet

« Même pas mal »… Feue la fessée ?

Où se situe la frontière entre correction et maltraitance ? Entre autres débats sociétaux exacerbés, hystérisés parfois, la France, à partir d’une plainte, s’interroge sur la fessée. Le « droit de correction » aurait-il vécu ?

Le débat est (re) parti à partir de la condamnation – une première – d’un père de famille à 500 € d’amende pour avoir administré une fessée déculottée à son fils de neuf ans. Après la révélation de la petite Fiona morte, selon sa mère, sous les coups de son beau-père, une pétition intitulée Du droit de frapper au meurtre d’enfants a été initiée par quelques personnalités, au premier rang desquelles Edwige Antier, pédiatre et auteure en 2010 d’une proposition de loi visant à abolir les châtiments corporels sur les enfants.

La fessée, inefficace, nocive, inductrice d’agressivité pour l’enfant et attentatoire à sa dignité, humiliante, voire maltraitante ? Elle jouerait sur l’estime de soi, l’anxiété, aurait des effets pervers pouvant affecter la vie future conjugale et professionnelle. Il y a un an, des chercheurs américains estimaient entre 2 et 7 % de risques supplémentaires, si l’on avait été fessé enfant, à développer des troubles mentaux. À l’opposé, la perte de légitimité des adultes, voire un risque de judiciarisation de la fonction parentale, sont largement avancés.

Et puis, est-ce à l’État de statuer sur ce qui appartient à la sphère familiale ? Le sujet est facile à ridiculiser… L’ex-députée Edwige Antier témoigne : « De la part des hommes, j’avais le plus souvent droit à une grosse plaisanterie sur le mode « quand est-ce que tu m’en donnes une ? »… L’encyclopédie interactive Wikipédia reflète bien la polémique avec ses propositions pour la neutralisation [du débat] : « Diminuer la place accordée aux arguments anti-fessées (qui occupent les 3/4 de l’article) tout en conservant l’essentiel. Parler du point de vue pro-fessée de manière proportionnée (puisque les études et les positions pro sont moins nombreuses que les antis). Ou alors transférer cette partie sur Maltraitance (plus logique) ou Châtiment corporel ».

La spécificité française est de passionner le débat

En février dernier, l’association pour la protection des enfants (ONG) a déposé une réclamation devant le Conseil de l’Europe, reprochant à la France de ne pas appliquer l’article 17 de la Charte sociale européenne censé « protéger les enfants et les adolescents contre la négligence, la violence ou l’exploitation ». De ce fait, il se pourrait que le pays des droits de l’Homme doive prochainement envisager d’interdire les « violences éducatives ordinaires » que 34 pays, dont 22 du Conseil de l’Europe (y compris l’Espagne, le Portugal, la Grèce ou la Roumanie…) prohibent déjà.

Il y a presque un quart de siècle, la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) rejoignait la Charte sociale européenne pour interdire tout châtiment corporel. Quelques campagnes de sensibilisation ont eu lieu, dont celles de la Fondation de France (« il n’y a pas de petite claque ! ») pour proscrire ces mauvaises habitudes. Depuis quelques années, les campagnes du Conseil de l’Europe (« Lever la main contre la fessée » en 2008), propose que le Vieux continent bannisse résolument tout châtiment corporel.

Une des spécificités françaises est de passionner au maximum les débats sociétaux. La fessée peut se voir discréditée sans culpabiliser les parents, l’interdiction être signifiée dans le seul code civil, et une vraie réflexion publique, dépassionnée, publiquement engagée. Pour l’heure, la ministre de la Famille, Dominique Bertinotti, considérant que cette réflexion doit s’inscrire « dans une démarche beaucoup plus volontariste de lutte contre toutes formes de maltraitances physiques et psychiques sur l’enfant », réfléchit à une « mesure symbolique » pour imposer l’idée que la fessée « n’est pas tolérable »…