N° 862 | du 22 novembre 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 22 novembre 2007 | Jacques Trémintin

Mélodrame et mélo-dit de la séparation

Denise Bass & Marina Stéphanoff


éd. érès, 2007 (219 p. ; 23 €) | Commander ce livre

Thème : Protection de l’enfance

Recueil des actes des journées du Grape tenues en 2006 à Nantes, l’ouvrage illustre le paradoxe de notre société qui érige la protection de l’enfant en exigence absolue, tout en ne supportant pas de priver les familles défaillantes de leurs droits sur lui. La législation se refuse à stigmatiser les parents et cherche à objectiver la situation de danger à laquelle il est confronté. En excluant systématiquement toute référence à la faute parentale, l’assistance éducative considère qu’il est toujours possible et souhaitable de rechercher une meilleure adéquation de leurs pratiques éducatives. Comme on préfère toujours le maintien de l’enfant dans sa famille et qu’on essaie toujours d’obtenir l’adhésion des parents à la mesure.

Pourtant parfois, bien faible est la marge qui sépare les carences naturelles, la pauvreté matérielle et la détresse psychologique qui justifient compassion, aide et soutien, du détournement manifeste de la fonction parentale par ceux qui commettent sciemment maltraitance et agressions sexuelles. Il en va de même pour la loi qui peut à la fois stipuler que « les actes usuels de la vie de l’enfant doivent être accomplis par celui qui en a sa garde », tout en précisant que les détenteurs de l’autorité parentale doivent être associés à toutes les décisions concernant la vie de l’enfant confié. Cela aboutit à faire courir les services après des parents qui continuent à être les décideurs désincarnés sur une scène d’où ils sont absents. Quand pourra-t-on rétablir les limites que la séparation impose ? Il est fondamentalement différent d’être titulaire de l’autorité parentale et d’en avoir l’exercice effectif et quotidien.

En 2002, le législateur a souhaité que la relation entre l’usager et l’intervenant social passe d’une logique assistancielle à une logique contractuelle, prévoyant un contrat d’accueil et une possibilité de choix de l’établissement. Cela n’est guère réalisable dans une dimension de contrainte judiciaire où il reste peu de choses à négocier face à l’ordonnance du magistrat qui fixe les conditions du placement. Il ne faut pas réduire la complexité de notre intervention à une simplification excessive qui se résumerait à une question de droit. « Ce n’est pas du côté du droit que les travailleurs sociaux doivent se tourner pour vérifier si leur proposition ou leurs actes sont adéquats ou pour en mesurer le bien-fondé, mais bien du côté de leurs propres compétences professionnelles et pluridisciplinaires » (p.128). C’est bien la dimension éducative qui doit les mobiliser.

Ainsi de ces résistances induites par les résonances affectives que provoque la séparation d’un enfant de son milieu naturel, responsables parfois d’une forte banalisation face à des difficultés constatées pourtant inquiétantes ou du risque de passage à l’acte violent dans les modalités d’un placement qui néglige la nécessaire préparation.


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