N° 990 | du 21 octobre 2010

Critiques de livres

Le 21 octobre 2010 | Jacques Trémintin

Les visites médiatisées pour les familles séparées

Sous la direction de Catherine Sellenet


éd. L’Harmattan, 2010 (224 p. ; 21,50 €) | Commander ce livre

Thème : Parentalité

C’est sur décision judiciaire qu’un parent bénéficie d’un droit de visite médiatisée. Même si c’est bien son comportement problématique qui nécessite l’accompagnement d’un professionnel, cette mesure ampute la relation familiale de sa substance essentielle qui s’appuie sur l’intimité de la vie privée. Retrouver son enfant sous le regard observateur ou inquisiteur d’un tiers n’est pas le meilleur moyen de reconstruire la relation affective.

L’itinéraire du parent ainsi stigmatisé commence souvent par un premier temps de rupture se manifestant soit par la contestation totale des motivations de la décision, soit par une reconnaissance partielle rationalisée. Puis, vient le temps de l’invisibilité où l’on cherche à se protéger de la honte qu’implique le regard d’autrui. Ce n’est que dans un troisième temps que s’instaure la posture du parent assumant sa position. Viendra enfin la quête de l’identité désirée : celle du bon parent enfin reconnu. Pour autant, la préservation des intérêts des parents ne saurait se confondre avec la protection de l’enfant.

L’ouvrage coordonné par Catherine Sellenet présente deux expériences de terrain qui ont opté chacune pour une orientation diamétralement opposée. Le Centre nantais de la parentalité assure des médiations thérapeutiques entre des mères ayant une structure psychotique et leur bébé. Il s’agit d’inscrire l’enfant dans sa famille biologique, afin qu’il ait une image de ce qui le construit. L’infirmière qui est présente, construit une enveloppe protectrice à la fois physique et psychique autour de la dyade, afin de permettre au nourrisson de solidifier ses assises à partir de la dimension sensorielle présente dans la relation primaire. Cette élaboration théorique permet au professionnel de tenir « à bout de bras ce sentiment jusqu’à fermer les yeux sur la souffrance possible du bébé » (p.166). Et l’enfant manifeste pourtant son mal-être par de la détresse, des pleurs, des troubles du sommeil et de l’alimentation.

De l’autre côté de l’Atlantique, le Québec fait fonctionner des « banques mixtes » destinées à accueillir des enfants adoptables. Ici, la construction théorique est inverse : on est convaincu que l’absence d’une saine relation d’attachement peut causer des dégâts irréversibles pour l’enfant. Dès lors, quand l’équipe pronostique qu’un parent ne réussira pas à développer ses compétences, elle organise des visites supervisées dont l’objectif est de démontrer la nécessité du détachement du lien (en les rendant au besoin ennuyeuses, pour convaincre le parent de renoncer à son enfant). Ces deux équipes professionnelles, qui agissent de bonne foi, semblent, l’une et l’autre, faire allégeance à deux idéologies tout aussi néfastes : le maintien des liens à tout prix et la primauté absolue de l’attachement sur la filiation.


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