N° 809 | du 21 septembre 2006 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 21 septembre 2006

Les violences scolaires, encore et toujours

Joël Plantet

Encore une fois, la violence scolaire a été propulsée en tête d’affiche de la rentrée scolaire. Quelques mesurettes — des guides, une « note de vie scolaire », la possibilité décriée d’une présence policière en établissement — ont été arrêtées. Depuis quinze ans pourtant, la question est récurrente : les plans se sont succédé, rares sont les ministres à ne pas s’y être attelés. La réponse ne serait-elle pas dans moins d’inégalités ?

Selon les pouvoirs publics, 82 000 actes de violence ont été recensés durant l’année scolaire 2005-2006, soit une augmentation de 0,5 % par rapport à l’année précédente : bizutage, violences (dont sexuelles) entre élèves, rackets, etc. Le 5 septembre, Gilles de Robien, ministre de l’Éducation, lançait d’une manière fort sensationnaliste — du lycée professionnel d’Étampes où une enseignante avait été agressée par un élève il y a quelques mois — un énième plan de lutte contre les violences en milieu scolaire.

Un guide pratique intégrant des phénomènes apparus récemment, comme le happy slapping (agression filmée par téléphone), intitulé Réagir face aux violences en milieu scolaire, va désormais conseiller les personnels. Édité à 150 000 exemplaires, il est également disponible sur le site eduscol. Par ailleurs, un mémento, conjointement rédigé par les ministères de l’Intérieur, de la Justice et de l’Éducation, entend donner aux principaux et aux proviseurs des repères précis sur la conduite à tenir, avec articles de loi et qualification pénale des actes commis dans leur enceinte. Enfin, le ministre a rappelé la possibilité d’instituer, à la demande du chef d’établissement, une permanence policière dans son collège ou lycée.

En amont, une circulaire interministérielle sur la prévention et la lutte contre la violence en milieu scolaire avait été adressée le 16 août dernier aux hauts fonctionnaires de la police, de la gendarmerie, des préfectures et des rectorats : la nécessité d’une protection juridique pour les personnels y était soulignée, de même que l’obligation de la mise en place d’un « accompagnement pour les victimes » et d’une permanence téléphonique (SOS Violences) dans chaque académie. En trois items — discipline, aide aux victimes, sécurité —, le texte de loi précisait le paysage : règlement intérieur signé par élève et parents, « note de vie scolaire » évaluant le respect de ce règlement par le collégien… mais aussi accompagnement du professionnel ou de l’élève agressé, « diagnostic de sécurité » pour améliorer la protection des établissements, « opérations de contrôle » aux abords ou dans les transports desservant les lieux scolaires, permanence d’un agent des forces de l’ordre… Celle-ci n’a heureusement pas été systématisée, mais les académies sont invitées à inciter les chefs d’établissements subissant des actes de violence à réclamer pour leur lycée ou collège ce dispositif.

8500 suppressions de postes dans le budget 2007

La circulaire préconise aussi la systématisation dans tous les établissements des signalements des faits via le logiciel Signa de l’Éducation nationale, mis en place depuis 2001 pour recenser les actes de violence « dont la qualification pénale est évidente ». Pourtant, depuis le classement litigieux par le magazine Le Point des établissements prétendument dangereux, la polémique est bien là : les parents d’élèves comme les professionnels de l’éducation ont vivement dénoncé des données caricaturales et stigmatisantes, calculées sur la seule base des déclarations des établissements. Près de 8000 collèges et lycées s’étaient ainsi vus répertoriés par la revue, les collèges apparaissant davantage touchés par le phénomène que les lycées. Devant ce qu’il considérait comme une dangereuse imposture, le principal syndicat des chefs d’établissement appelait à ne plus renseigner désormais les grilles du logiciel…

Face à cet énième plan, les réactions sont plus que mitigées : « inertie coupable » pour le parti socialiste qui dénonce « la suppression drastique de personnels enseignants, de postes de surveillants et d’aide-éducateurs » alors que la nécessité d’un « renforcement conséquent et immédiat de la présence humaine » dans les collèges et lycées se fait de plus en plus sentir…

Parallèlement, cette dernière rentrée scolaire a voulu se mobiliser contre l’échec scolaire. Environ 250 collèges jugés en difficulté ont été classés Ambition réussite, avec quelques moyens supplémentaires (1000 postes d’enseignants, 3000 assistants d’éducation, une infirmière par établissement). Pour la première fois, les élèves issus de ces établissements avec mention très bien au brevet pourront choisir leur lycée. « Effet d’annonce », « saupoudrage », ont nuancé un certain nombre d’experts dont Hervé Hamon, du Haut conseil de l’évaluation de l’école [1].

Évidemment archi-médiatisés, deux faits divers, dans les jours suivant la rentrée — des adolescents ayant tiré avec arme à feu sur une école —, ont permis au ministère de l’Éducation d’annoncer une mise en œuvre urgente de sa circulaire. Mais toutes ces belles et bonnes intentions se heurtent rudement au simple principe de réalité : s’appuyant sur la baisse des effectifs d’élèves dans le second degré, le même Gilles de Robien a bel et bien prévu 8500 suppressions de postes pour le budget 2007, ce qui lui vaudra dans une semaine, le 28 septembre, une journée de grève. Signe de l’importance de l’enjeu, le débat politique, balisé par le populisme sécuritaire, fait rage auprès des prétendant(e)s président (e)s. Celui récemment amorcé autour de l’assouplissement de la carte scolaire — mise en place en 1963, en principe outil de mixité sociale pour lequel Dominique de Villepin annonçait, le 8 septembre dernier, l’ouverture d’une concertation en vue de son « aménagement » — n’est pas fait pour rassurer.


[1L’école n’est plus à deux vitesses, mais à quarante, in Libération des 9 et 10 septembre 2006