N° 837 | du 19 avril 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 19 avril 2007

Les témoignages de Xavier, Eric et Daniel

Propos recueillis par Marianne Langlet

« Je suis à la rue depuis deux ans et demi, trois ans. Je suis arrivé en France pour poursuivre mes études en thèse. Vu les restrictions des nouvelles lois françaises sur l’immigration, je suis devenu un sans-papiers. La préfecture a refusé de me renouveler mon titre de séjour. La première année, j’ai réussi à avoir un emploi au noir. Mais c’était de l’exploitation. Aux yeux du patron, j’étais en quelque sorte un mort civil puisque sans papiers. J’ai travaillé jusqu’au jour où je ne l’ai plus supporté. Je me suis alors retrouvé à la rue. Je connais certains centres d’hébergement d’urgence mais au bout d’une semaine maximum tu te retrouves à nouveau dehors. Et puis les assistantes sociales que j’y ai rencontrées me poussaient à retourner travailler au noir.

Elles disaient ne rien pouvoir faire pour moi puisque j’étais sans papiers. J’avais, pour elles, des capacités et cela les arrangeait si je réintégrais le marché informel. Les associations donnent un coup de main à ceux qui veulent s’en sortir, mais c’est le démuni lui-même qui doit chercher ses solutions. Il faut être motivé, sinon quelle que soit l’aide que vous recevez, vous ne sortez pas de l’assistanat. Je suis pratiquement sorti de la zone d’ombre. J’ai obtenu mon statut de réfugié et je peux travailler. Je suis juriste de formation mais je vais chercher dans n’importe quel domaine pour retrouver mon autonomie financière et pouvoir louer une chambre. »
Xavier


« Tout le monde ne boit pas ou ne se drogue pas à la rue, mais certains sont dans une telle détresse psychologique qu’il faut soigner la personne avant de pouvoir la mettre dans un appartement. Elles sont depuis tellement longtemps dans cette détresse, tellement longtemps dans la rue, qu’elles ne savent même plus ce que signifie régler un loyer, une note d’électricité. Il faut accompagner les personnes en faisant du cas par cas. La personne en détresse peut être autant détruite que l’alcoolique ou le toxicomane. Il peut être aussi dur pour elle de trouver la porte de sortie de cet enfer, parce que la rue c’est un enfer.

Moi, j’attends un logement. J’ai des enfants et, dans les centres d’hébergement d’urgence, je ne pouvais pas les recevoir. Je me suis donc construit une cabane. Je me suis trouvé un terrain vague. D’abord, j’ai dormi au pied d’un arbre, puis j’ai nettoyé ce morceau de terrain et je me suis construit un abri. Je savais que je pouvais y dormir tous les soirs en sécurité. Je pouvais y manger, faire ma petite toilette, travailler le lendemain. J’ai parfois des missions intérim. J’ai quitté ma cabane pour rejoindre le mouvement des tentes du canal Saint-Martin parce qu’il me faut un petit coup de pouce pour avoir un appartement, retrouver un travail stable et remonter, sortir de ce tunnel. »
Eric


« Dans les structures classiques d’urgence, le petit déjeuner et le repas du soir sont parfois assurés. Mais le problème essentiel, c’est qu’on ne peut pas y rester la journée. Nous sommes obligés de partir à huit heures du matin au maximum et le soir de rentrer de bonne heure. Où passer la journée sans argent ? Certains centres acceptent que nous rentrions à 14h 30, mais nous n’avons pas le droit de monter dans les chambres donc nous ne pouvons pas nous reposer. Quelquefois, nous sommes autorisés à monter nos affaires mais il y a alors le problème des vols. Et puis, dans ces centres, c’est très difficile d’y maintenir la propreté. Certaines personnes sont très sales et n’ont plus l’habitude de se nettoyer. Elles bouchent les toilettes, salissent les douches. Les responsables sont alors obligés de les fermer car les employés qui nettoient ne veulent pas travailler tant que les hébergés sont là. Donc, nous repartons sans avoir pris de douche et en se nettoyant comme nous pouvons. De toute façon, après un certain temps dans la rue, on finit par ne pas être propre même si on se lave tous les matins. »
Daniel


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