N° 957 | du 21 janvier 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 21 janvier 2010

Les stages, en rade depuis deux ans

Joël Plantet

La gratification des stages ne sera qu’une fausse bonne idée tant que l’État ne prendra pas ses responsabilités en termes de financement. Le 18 janvier, les organisations l’ont rappelé aux pouvoirs publics

Le 9 janvier 2010, six associations de travailleurs sociaux – ONES, ANAS, FNEJE, France ESF, CRAETS, Collectif des étudiants parisiens – lançaient un appel pour «  préserver la formation par alternance ». Elles dénoncent « l’assèchement quantitatif et qualitatif des terrains de stage » : soumis à de nouvelles obligations (réforme des diplômes, mise en place de sites qualifiants…), les instituts souffrent de budgets trop serrés pour verser cette gratification. D’autre part, la raréfaction du nombre des terrains de stage entraîne ipso facto la remise en cause des projets personnels de formation, les étudiants se voyant contraints d’accepter des stages sans rapport avec les objectifs pédagogiques de leur cursus. Par ailleurs, les signataires pointent les disparités inégalitaires selon les régions, les acteurs étant pluriels : Etat, conseils généraux, CAF, communes… Enfin, les étudiants disposant d’un financement Assedic ne sont pas soumis à la gratification, bénéficiant d’un plus large choix de stages au détriment des autres.

L’affaire provoque des remous depuis deux ans : le 31 janvier 2008, un décret imposait la gratification pour les stages de plus de trois mois. Les effets pervers ne tardent pas à se faire sentir : pénurie de stages, difficultés d’accès à des pans entiers des secteurs social et médico-social, menaces pour les étudiants de ne pas achever leur formation… Dès février, plusieurs grandes villes voient des manifestations, débrayages, rassemblement devant les DRASS, et même des blocages d’administrations. Les responsables de structures disent ne pas vouloir « laisser les gestionnaires d’établissements batailler individuellement pour négocier la charge nouvelle induite » par les gratifications. Les formateurs font également connaître leur inquiétude. Le 3 avril de la même année 2008, des centaines d’étudiants en travail social venant de quinze centres de formation, appuyés par quelques syndicats, manifestent devant la direction générale de l’action sociale (DGAS) de Paris. Un questionnaire tournant dans les promos dresse, en octobre, un état des lieux alarmant. Les manifestations régionales se multiplient…

« Il en va du devenir du travail social dans notre pays »

Dès mai 2009, le groupement national des instituts régionaux du travail social (GNI) et l’association française des organismes de formation et de recherche en travail social (AFORTS) réclament un financement de l’État pour la gratification des stages, dans la foulée des annonces faites par Sarkozy le 24 avril précédent lors de l’annonce d’un plan d’urgence pour la formation et l’accès à l’emploi des jeunes. À la même époque, l’organisation nationale des éducateurs spécialisés (ONES) craint que l’obligation annoncée de la gratification des stages dès le deuxième mois « n’amplifie les effets pervers » et demande un comité de pilotage pour évaluer les conséquences induites par cette disposition.

L’ANAS, elle, réclame un moratoire pour l’année 2009/2010 avec assurance des financements de l’année suivante pour les institutions. Fin septembre, l’AFORTS envoie une lettre au chef de l’État pour lui demander que la situation des étudiants « ne continue pas à se détériorer », arguant qu’«  il en va du devenir du travail social dans notre pays ». Ce 4 janvier, une coordination nationale des étudiants en travail social manifestait encore à Lyon. Le 18 janvier, une table ronde était organisée par la DGAS sur la question. Les organisations, dont le GNI et l’AFORTS, ont de nouveau demandé la prise en charge de la gratification par les pouvoirs publics, craignant que ces difficultés ne se « généralisent dramatiquement ». À suivre, bien évidemment.