N° 855 | du 4 octobre 2007

Critiques de livres

Le 4 octobre 2007 | Philippe Gaberan

Les sciences sociales en mutation

Sous la direction de Michel Wieviorka


éd. Sciences humaines, 2007 (624 p. ; 29 €) | Commander ce livre

Thème : Sciences humaines

« Ce livre est le fruit d’une rencontre qui […] a réuni les plus éminents chercheurs du monde entier, en mai 2006, à Paris […] J’en suis convaincu, il fera date. » Il faut laisser au temps le soin de confirmer cette prédiction de Michel Wieviorka, coordinateur de ce monument de savoirs ; mais pour l’heure le propos appelle un commentaire. En effet, et autant être clair de suite avec le lecteur, il ne s’agit pas là d’un « livre » à proprement parler, mais d’un ouvrage à dimension encyclopédique composé de contributions proposées par des auteurs parvenus au faîte de leur pensée.

Chaque article est donc une œuvre dans l’œuvre, avec ses concepts angulaires et ses références vertébrales. Chacun d’entre eux exige le meilleur du lecteur ; pour celui-ci, l’enjeu réside dans sa capacité à saisir comment l’empilement des phrases ne constitue pas seulement un mille-feuilles mais participe bel et bien d’un avènement, celle d’une pensée en train de naître, celle qui permet de saisir dans sa complexité les ressorts de cette société postmoderne. Il aura donc fallu la période propice du long temps des vacances pour aller jusqu’au bout de la lecture de ces six cents pages. Alors, et alors seulement, vient l’envie de refaire l’ouvrage, d’en recomposer totalement le sommaire et d’en bouleverser quelque peu l’ordre des idées.

Il y a quatre livres dans ce livre et non pas huit chapitres comme il est proposé. Le premier parle du « sujet ». Impossible alors, pour qui le nom de Michel Foucault sonne comme une référence, de ne pas être sensible à l’hommage discret qui lui est enfin rendu par ses pairs. Ici, les discours sont loin de cette « mort du sujet » paresseusement attribuée au philosophe ; au contraire, ils s’attellent à saisir les enjeux d’un mouvement par lequel l’être et son humanité s’écartent de la représentation d’un citoyen idéal, docile puisque conforme aux attentes du pouvoir mais monstrueux puisque exempt de toute liberté. Ici le sujet s’affirme comme un objet en construction.

Le second livre alors est lui aussi fulgurant de clarté qui campe le passage des sociétés modernes vers leur postmodernité et souligne les contours de la fin d’une pensée politique organisée autour de l’Etat-Nation pour accueillir sereinement la mondialisation, laquelle n’a rien de commun avec la déréglementation des marchés. L’enjeu étant de savoir si cette nouvelle organisation du monde sera contrôlée par quelque intérêt privé ou bien régie par des instances juridiques internationales. Le troisième livre est moins homogène mais plus intimiste puisqu’il parle de méthode avant de parvenir à un quatrième, lui aussi plus morcelé, mais habile à saisir quelques-uns des matériaux (le travail, la religion, l’histoire, la démocratie) dans lesquels se forge l’âme des temps présents. L’épuisement est au bout de la lecture… mais le sentiment aussi d’en comprendre un peu mieux le monde présent.


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