N° 521 | du 2 mars 2000 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 2 mars 2000

Les missions locales se musclent

Propos recueillis par Guy Benloulou

Grâce au dispositif Trace, il est désormais question d’essayer d’en faire encore plus pour ceux des jeunes qui en ont toujours le moins. Pour cela, une formation spécifique est en projet pour les personnels qui travaillent dans ces structures financées par l’Etat et quelque 20 000 communes. Interview de Hubert Peurichard, délégué général interministériel à l’Insertion des jeunes.

Quelles sont les nouvelles fonctions des missions locales, et comment articulent-elles leurs missions d’insertion avec le nouveau dispositif « Trace » ?

Les missions locales ont toujours eu une mission « d’accompagnement global » des jeunes qui consiste à construire avec eux des parcours d’insertion en les aidant à surmonter les difficultés de tous ordres (sociale, professionnelle, santé, logement). Elles constituent aujourd’hui avec les Permanences d’accueil, d’information et d’orientation, (PAIO), un réseau de 610 structures et 8 000 personnes qui accueillent 420 000 nouveaux jeunes par an et est en contact avec 1 300 000 jeunes. Le partenariat opérationnel avec les réseaux sociaux et l’ANPE notamment est une des caractéristiques de ce réseau.

Donc, rien de bien nouveau pour les missions locales avec Trace qui concerne simplement les jeunes les plus en difficulté, en situation de désocialisation. Trace fait bénéficier ces jeunes d’un « accompagnement renforcé » de la mission locale pendant 18 mois. L’objectif est d’atteindre 50 % d’accès à l’emploi durable (contrat de plus de 6 mois). Il s’agit donc de construire avec ces jeunes des parcours d’insertion où vont alterner des phases de socialisation et de formation, d’immersion en entreprise, de contrat de travail de courte durée…

Aujourd’hui plus de 30 000 jeunes sont engagés dans Trace et bénéficient de cet accompagnement renforcé, donc d’une disponibilité de leur « référent ». Afin d’atteindre leur but, les missions locales sont amenées à resserrer leurs liens avec les travailleurs sociaux d’une part pour le repérage du public concerné, d’autre part dans le coaccompagnement du jeune.

Ces jeunes en rupture sont-ils prêts à s’engager dans ce dispositif ? Et le programme a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Ce programme Trace est d’abord basé sur un engagement mutuel : la mission locale s’engage à tout mettre en œuvre pour accompagner le jeune, qui lui, doit répondre aux sollicitations de celle-ci. Il est vrai que les plus en difficulté ont quelque fois du mal à se projeter au-delà du lendemain. Il faut pour cela que les conseillers des missions locales aillent au-devant d’eux.

L’idée de construire des parcours d’insertion individualisés n’est pas nouvelle. Elle est présente depuis 1982 avec la création des missions locales et PAIO, les stages de mobilisation, de pré-qualification et de qualification mis en place à l’époque. Il y eut ensuite le Crédit Formation Individualisé et PAQUE au début des années 1990. Malgré cela on trouve encore trop de jeunes qui ont pu faire un ou deux stages restés sans suite…

Avec Trace nous nous donnons les moyens de réussir la construction de ces parcours d’insertion vers l’emploi, pour les jeunes les plus éloignés de l’emploi en agissant dans la durée, en nous fixant des objectifs clairs, en renforçant le réseau des missions locales et PAIO (700 postes supplémentaires auront été créés d’ici la fin de l’an 2000), en finançant des opérateurs externes pour renforcer la capacité d’accompagnement, en augmentant les moyens des fonds d’aide aux jeunes, en mobilisant autour des missions locales l’ensemble des partenaires concernés par cette question.

Chaque année il sort 57 000 jeunes sans qualification de l’Education nationale, et réussir cet accès à l’emploi par le dispositif Trace pour 60 000 jeunes est un objectif ambitieux. Trace correspond à un nouvel élan et une nouvelle donne dans les politiques d’insertion des jeunes. C’est le fruit de l’expérience d’une volonté, c’est le meilleur dispositif qu’on ait pu imaginer car c’est l’alternative à l’assistanat pur et simple.

Les opérateurs des missions locales sont-ils pour autant suffisamment « formés » pour travailler avec ce public ?

Les salariés des missions locales sont d’origines et de formations diverses : il y a des profils « conseillers à l’emploi de l’ANPE », éducateurs… Il n’y a pas de formation initiale spécifique pour ces salariés, cependant de nombreuses initiatives ont été prises dans les régions pour compléter « la formation sur le tas ». Il faut aujourd’hui reconnaître le professionnalisme des missions locales. C’est pourquoi nous travaillons à la mise en place d’un statut du personnel des missions locales avec bien entendu un volet « qualification, emplois, compétences ». La négociation entre les partenaires sociaux est ouverte et nous souhaitons qu’elle aboutisse à la fin de l’année. Nous avons le projet, à partir de là, de mettre en place un système de formation.


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