N° 1216 | du 2 novembre 2017

Critiques de livres

Le 2 novembre 2017 | Jacques Trémintin

Les migrants de Calais 

Sophie Djigo


éd. Agone, 2016, (210 p. – 16 €) | Commander ce livre

Thème : Immigration

Sophie Djigo est allée sur place les rencontrer, ces migrants de Calais, ces militants qui les soutiennent, ces populations qui les côtoient. L’ouvrage qu’elle nous propose combine le reportage, le recueil de témoignages et l’essai réflexif sur une problématique qui salit notre république réputée patrie des droits de l’homme.
Méthodiquement, l’auteure s’attaque aux stéréotypes. Peut-on imaginer que ce serait par choix que ces migrants subissent une vie hors de toute limite de décence, sans pouvoir s’abriter, se chauffer, se laver, aller aux toilettes, se nourrir, nettoyer leurs vêtements ? Leur désir le plus cher aurait été, s’ils l’avaient pu, de rester chez eux et de vivre comme sédentaire. C’est à une part d’eux-mêmes qu’ils renoncent, quand ils quittent leur pays. L’entreprise migratoire est le plus souvent familiale et collective : s’ils sont partis, c’est missionnés par leur communauté d’origine avec l’obligation morale de réussir. Nombreux sont ceux qui cachent leur terrible sort à leur famille. Autre imaginaire infondé, celui d’un espace sans lois, sans droits, gouverné par la violence. C’est l’État français qui, les confrontant à l’inhumanité en les traitant moins bien que des animaux, les cantonne dans un no man’s land social et légal, aux marges de la citoyenneté. La situation provisoire perdurant, a émergé pour les migrants la nécessité d’une meilleure gestion de leur quotidien. Ils ont réussi à aménager une existence fondée sur des principes traditionnels et de morale religieuse.
Ce qui est étonnant, ce n’est pas les quelques rixes montées en épingle, mais la faible proportion de conflits dans un contexte dominé par l’extrême précarité et dénuement. Pris dans l’étau des violences policières, des attaques de milices d’extrême droite et la pression des passeurs, ils ont néanmoins pu aménager la solidarité et l’entraide, réunissant des cagnottes pour faire des courses, organisant des surveillances la nuit, assurant des médiations. Pour sortir de l’indignité qui est faite dans notre pays aux migrants, il faut sans doute revenir au principe républicain d’accueil de ceux qui fuient leur pays. Mais, pour que l’hôte se mette à leur place, il lui faut d’abord imaginer que par un revers de fortune, il puisse subir le même sort.
Paradoxe d’aujourd’hui, ni l’État français, ni ceux qui arrivent ne veulent pérenniser leur séjour. La solution serait alors de créer un statut de migrant en transit et d’utiliser les 150 000 euros dépensés chaque jour pour la surveillance policière, afin d’aménager des structures d’accueil temporaire dignes et respectueuses.


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