N° 930 | du 28 mai 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 28 mai 2009

Les lacunes du plan emploi jeunes

Joël Plantet

Une génération sacrifiée ? S’il entend développer l’apprentissage et les contrats de professionnalisation, le plan d’emploi des jeunes ne prévoit aucune aide directe supplémentaire pour ceux qui sont concernés

Le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a augmenté de 32 % en un an. De l’aveu même du chef de l’État, si rien n’est fait, le nombre de jeunes au chômage (430 000 actuellement) pourrait atteindre 650 000 d’ici quelques mois. En effet, 150 000 jeunes sortant du système scolaire sans diplôme arriveront en grande difficulté sur le marché professionnel. Le taux d’emploi des jeunes est l’un des plus faibles d’Europe : 46 % des 20-24 ans sont en emploi en France, contre 63 % dans l’ensemble des pays de l’OCDE. De plus, la crise a provoqué, au cours des premiers mois 2009, une chute de 25 % des entrées dans les contrats d’apprentissage et de professionnalisation.

Il y a un mois, Sarkozy présentait un plan d’action en faveur de l’emploi et de la formation des jeunes. Financé à hauteur de 1,3 milliard d’euros, il s’appuie sur le développement de l’alternance, des stages et des contrats aidés. Il s’agira d’aider environ 520 000 jeunes d’ici juin 2010, en recrutant 320 000 apprentis et en finalisant 170 000 contrats de professionnalisation. Sont au programme : exonération de charges sociales, prime exceptionnelle de 1 800 € versée aux entreprises de moins de 50 salariés embauchant avant le 1er juin 2010 des apprentis, mobilisation du Pôle Emploi censé placer 25 000 jeunes en contrat de professionnalisation cette année… Un dispositif Zéro charges est également prévu pour les entreprises de moins de dix salariés pour le recrutement d’apprentis. Celles qui embaucheront un jeune de moins de 26 ans en contrat de professionnalisation toucheront, elles, une prime de 1000 €.

Pas question de revenu d’autonomie pour les 18-25 ans

Par ailleurs, les écoles de la deuxième chance devraient disposer de 12 000 places d’ici 2010 – ce qui suppose l’entrée de 7200 jeunes supplémentaires faiblement qualifiés –, l’État s’engageant financièrement au même niveau que les collectivités régionales. En outre, 50 000 contrats initiative emploi (CIE) supplémentaires seront proposés avant la fin de l’année pour arriver à 100 000 au total, prioritairement destinés aux « métiers du développement durable et aux entreprises de l’économie sociale et solidaire », considérés comme particulièrement porteurs. 30 000 nouveaux contrats aidés seront disponibles dans le secteur non marchand. Un nouveau contrat accompagnement formation sera ouvert à 50 000 jeunes de 16 à 25 ans. Concernant les stages, le versement d’une aide exceptionnelle (3000 € à l’embauche en CDI de jeunes en stage) et une modification de la législation pour avancer d’un mois la date de la gratification mensuelle (398 €) sont annoncés.

La question méritait plus d’audace, estiment nombre de partenaires : pas question de revenu d’autonomie pour les 18-25 ans, pas de nouvelle protection individuelle pour les jeunes lors de la recherche d’emploi… Le Pôle Emploi sera-t-il à même de mettre en place les 50 000 contrats d’accompagnement annoncés ? Arc-bouté à sa politique de dégraissage de l’emploi public, l’État semble, lui, dispensé de développer les contrats d’apprentissage alors qu’en 2005, l’ensemble des fonctions publiques n’employaient que… 4 300 apprentis. Enfin, les jeunes restent mal couverts par l’assurance-chômage, alors qu’ils n’ont toujours pas accès aux minima sociaux ; les étudiants, eux, dépendent encore essentiellement de leurs parents pour vivre.