N° 1131 | du 19 décembre 2013

Critiques de livres

Le 19 décembre 2013 | Jacques Trémintin

Les jouets sont éternels. Médiation, initiation, sujétion

Sous la direction d’Irène Kontomichos


Le Sociographe n° 41, mars 2013 (144 p. ; 12 €) | Commander ce livre

Thème : Médiation

Les sciences humaines sont unanimes à le constater : que ce soit dans la maîtrise des choses ou de lui-même, dans l’épreuve du réel ou dans l’expérimentation des situations de la vie, le jeu constitue un besoin essentiel pour l’enfant. C’est même l’un des outils principaux qu’il met en œuvre, tant dans le processus d’apprentissage que dans la construction de sa personnalité. Certains objets ont une valeur intrinsèque latente qui pousse à les utiliser spontanément comme jouet. Mais l’enfant peut utiliser n’importe quel support qu’il transforme à sa guise selon sa créativité ou son imaginaire. Et, lorsque les adultes anticipent ou programment à l’avance le jeu ou le jouet, celui-ci devient souvent vide de sens pour le petit d’homme qui a besoin d’abord de l’élaborer et de le construire dans sa tête. Alors que pour lui le jeu est toujours sérieux, pour l’adulte il ne commence à l’être qu’à condition de répondre à un objectif éducatif ou thérapeutique.

La rhétorique est récurrente : n’aurait de pertinence que ce qui permettrait formellement d’apprendre, de se développer, de s’épanouir ou de grandir. Il faudrait alors distinguer entre la valeur empirique (capacité à manipuler le réel), la valeur structurante (capacité à construire la personnalité) et la valeur relationnelle (capacité à socialiser). Pourtant, si l’adulte continue à jouer, lui aussi, c’est bien plus dans une logique de divertissement, de dérivatif au travail, voire d’échappatoire lui permettant de fuir une réalité trop difficile. Le jeu a donc toute légitimité à être aussi, pour l’enfant, une simple fantaisie futile et délassante, une expérience plaisante pour elle-même ou un pur plaisir, sans que ne lui soient accolées des vertus forcément pédagogiques destinées à le préparer à la vie. En fait, les plus jeunes n’ont pas besoin de leurs aînés pour jouer.

C’est à travers la culture enfantine que le savoir-faire ludique se transfère : la transmission se fait horizontalement et n’attend ni consigne, ni conseil des parents ou des professionnels pour exister et se déployer. Illustration de cette dichotomie entre le monde des adultes et celui de l’enfance, une recherche menée sur les modalités d’intégration d’enfants porteurs de handicap dans un centre de loisirs ordinaire. Là où l’objectif affiché est bien l’insertion, les enfants, qu’ils soient valides ou non, ne vivent pas l’inclusion projetée par les adultes, mais seulement la participation à une même communauté ludique. Ils jouent ou refusent de le faire avec ceux qui ont assimilé les règles et maîtrisent les habiletés y afférant, sans qu’ils ne se posent, pour autant, la question d’un autre qui devrait être ou ne pas être à leur image. Ce qu’ils cherchent avant tout, ce sont des compagnons de jeu.


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