N° 1141 | du 15 mai 2014

Critiques de livres

Le 15 mai 2014 | Jacques Trémintin

Les joies du social

Sylvie Gasienca-Jozkowy


éd. Edilivre, 2014 (42 p. ; 9,50 €) | Commander ce livre

Thème : Éducateur

S’il est un art pas toujours simple à cultiver, c’est celui de réussir à se moquer de son métier, sans provoquer le sentiment de cracher dans la soupe et/ou d’apparaître comme un donneur de leçons. Voilà un écueil que réussit fort bien à éviter Sylvie Gasienica Jozkowy. Pour y arriver, elle manie, avec maîtrise et talent, une plume acérée trempée dans l’humour et l’autodérision, pour évoquer des pratiques professionnelles qui, pour avoir acquis leur légitimité dans le quotidien, n’en méritent pas moins son regard décalé. Elle pince et elle pique, elle désarçonne et elle dérange, pour aussitôt démontrer qu’elle ne se prend pas toujours vraiment au sérieux.

Pourtant, c’est dit et bien dit. « Remettre les délinquants dans le droit chemin. Rendre les parents maltraitants aussi gentils de Charles Ingalls. Désintoxiquer les drogués et les alcooliques. Guérir les handicapés » Telle était sa conviction en s’embarquant dans le social. Et puis, elle a dû se confronter aux préceptes de la profession : garder ses distances, débattre de questions essentielles en réunion, organiser des transferts à la neige, travailler avec les familles, alimenter des personnes lourdement handicapées avec de la nourriture mixée, rechercher la sécurité en tendant au risque zéro, autant de nobles tâches qui ne prêtent pas forcément à sourire, sauf quand elles sont décrites par une éducatrice spécialisée qui se met à décrire tant ce qui la réjouit que ce qui l’agace et la dérange au plus haut point dans ce métier.

Quarante deux pages, c’est léger pourrait se dire le lecteur. Mais celles-là valent bien quatre cent vingt autres bavardes et prétentieuses que l’on retrouve parfois, ailleurs. Un petit opuscule donc à déguster, en repérant avec gourmandise combien les travers de certains de nos collègues sont habilement croqués, tout en étant persuadé, bien entendu, que l’on n’est jamais personnellement concerné !


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