N° 1017 | du 5 mai 2011 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 5 mai 2011

Les jeunes, un atout pour la société !

Joël Plantet

La jeunesse est un enjeu politique et sociétal fort. Pourtant, la majorité des Français en ont une image négative, voire une défiance forte à l’égard de nouvelles générations jugées individualistes et peu tolérantes.

Que pensent les Français de l’évolution des inégalités entre les jeunes ? Quelle place la question de la jeunesse doit-elle prendre dans le débat politique, à l’approche d’un scrutin présidentiel ? Sobrement intitulé Les Français et les jeunes, le troisième rapport de l’Observatoire de la jeunesse solidaire publié par l’association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) vient, à partir d’une enquête, percuter quelques idées reçues.

Paradoxe : les clichés ont la vie dure, même si neuf Français sur dix ne peuvent que souscrire à l’affirmation « les jeunes sont un atout pour la société ». D’une part, les inégalités sociales intragénérationnelles criantes, selon le sondage, dans le domaine de l’insertion professionnelle, se sont encore creusées au cours de ces dernières années. En outre, une politique d’amortisseur social ou de réduction directe des inégalités est souvent perçue comme une forme d’assistanat qui aggraverait la situation… Les jeunes des quartiers populaires, que l’on plaint et que l’on condamne, subissent une double peine sociale : leur image, faite de délinquance, de drogue et de trouble à l’ordre public, est exécrable aux yeux d’une grande majorité des Français ; simultanément, ceux qui les côtoient soulignent leurs qualités, dont le courage déployé à faire face à leurs difficultés… Mais plus globalement, les jeunes sont accusés d’irrespect, d’attentisme et d’une responsabilité insuffisante, voire d’un désinvestissement de leur réalisation personnelle.

L’importance de faire une place aux jeunes dans les processus de décision

L’école est de moins en moins un réducteur d’inégalités ou un ascenseur social. En 1994, une consultation nationale avait fait remonter au gouvernement un cahier de doléances à partir de 1 300 000 réponses, donnant lieu à un ouvrage intitulé Génération courage… dont les enseignements furent royalement ignorés. L’épisode CPE, un peu plus tard, montra de nouveau le décalage entre les gouvernants et sa jeunesse. Promulguant il y a quelques mois l’année internationale de la jeunesse, l’ONU évoquait « l’importance de faire une place aux jeunes dans les processus de décision qui préparent leur avenir et le nôtre ».

Plusieurs initiatives (la campagne Stop aux clichés de l’Anacej ou le Bondy blog) tentent de réagir… Rappelant que la France compte 6,5 millions d’électeurs de moins de 26 ans, l’opération Je vote, donc je suis, initiée par la fédération Mosaïc, a été lancée le 30 avril pour inciter les jeunes à voter aux prochaines élections. Parti de Lille, un bus sensibilisera la jeunesse à cette question en s’arrêtant dans une dizaine de grandes villes dans les cinq prochains mois. Une enquête TNS/Sofres sur le service civique a récemment montré qu’une majorité des jeunes intéressés estime qu’il est perçu comme valorisant et favorisant l’insertion professionnelle à partir d’une expérience ainsi acquise.

La France a tellement à faire : la dernière enquête Pisa1 l’OCDE l’a pointée comme étant le pays où l’origine sociale influe le plus sur les performances en lecture et en mathématiques… L’éducation, la formation sont aujourd’hui les remparts les plus efficaces contre le chômage et la précarité des jeunes. Les partis politiques feraient une grossière erreur en éludant les dossiers d’insertion sociale et professionnelle des jeunes, d’accès à l’enseignement supérieur ou au logement, d’éducation et d’autonomie. « Comment ne pas voir que la suppression de la formation pédagogique des enseignants compromet notre système scolaire pour 40 ou 50 ans ? », s’inquiète ainsi le pédagogue Philippe Meirieu.