N° 985 | du 16 septembre 2010 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 16 septembre 2010

Les inégalités submergent l’école

Joël Plantet

Le système scolaire français est particulièrement inégalitaire et la rentrée s’est faite inquiète. Prises sur fond de suppression de postes, les mesurettes gouvernementales n’y changeront probablement pas grand-chose.

La grève du 6 septembre – de même d’ailleurs que celle du lendemain – a donné un aperçu des problèmes qui saturent l’Éducation nationale : suppression de 16 000 postes (autant de prévues à la rentrée 2011), retraites, surcharge des classes, réforme de la formation (dite « masterisation ») des jeunes enseignants désormais privés de stages pédagogiques… Les propositions de loi sécuritaires concernant l’absentéisme scolaire ou les allocations familiales ne cessent également d’inquiéter.

Issu des États généraux sur la violence scolaire et concernant 60 collèges et 45 lycées, le dispositif Collège et lycée pour l’ambition, l’innovation et la réussite (Clair) est censé donner plus d’autonomie à certains établissements. Académie par académie, des diagnostics de sécurité seront effectués avec, à la clé, des formations spécifiques pour les enseignants les plus exposés aux situations de violence. Les équipes mobiles de sécurité (ERM, composées de policiers et de personnels de l’Éducation nationale) devraient voir leur effectif doubler. Par ailleurs, onze internats d’excellence sont créés, de même qu’une dizaine de nouveaux « établissements de réinsertion scolaire » (ERS) pour les 13-16 ans les plus difficiles. Autre nouveauté : les élèves devront se lever à l’entrée du prof…

Concernant les enfants handicapés, leur scolarisation « est aujourd’hui malmenée pour des raisons budgétaires » selon les termes récents de Unapei : 13 000 enfants sans aucune solution éducative, absence de statut pour les auxiliaires de vie scolaire (AVS), manque de moyens et de places pour les SESSAD et les IME, insuffisance d’enseignants spécialisés (l’Unapei demande ainsi la création en urgence de 15 000 places)…

Les inégalités se construisent dès l’école maternelle et primaire

Mais les inégalités sont également au programme de cette rentrée : ainsi que l’avait pointé un rapport de la Cour des comptes au mois de mai, celles-ci sont en progression (« La France est un des pays où les destins scolaires sont le plus fortement corrélés aux origines sociales »…). Le dernier programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) a en effet démontré que les inégalités en fonction du statut des parents étaient en France entre 30 et 40 % plus importantes que celles existant dans les autres pays de l’OCDE !

Ainsi, le non-remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite aura pour conséquence d’accélérer la suppression des réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased), sur fond d’individualisation et de professionnalisation du parcours des élèves.

Globalement, au fur et à mesure que l’on avance dans les études, la proportion d’élèves issus des couches sociales les moins favorisées diminue : 55 % des élèves de classes préparatoires sont enfants de cadres ou de professions libérales, contre 16 % de fils d’ouvriers ou d’inactifs…

De même, les fils de cadres supérieurs ont deux fois plus de chances que les fils d’ouvriers d’avoir leur bac, sans tenir compte de l’inégalité inhérente à la valeur des différentes filières (générale, technologique, professionnelle). Dans les sections d’enseignement général et professionnel (Segpa), les catégories sociales les plus défavorisées sont surreprésentées (84 % des élèves en difficulté).

Autre inégalité, celle qui persiste entre filles et garçons : les premières restent minoritaires dans les filières scientifiques et les écoles d’ingénieurs, alors même qu’elles sont meilleures dans les prépas scientifiques. En somme, les inégalités se construisent dès l’école maternelle et élémentaire, sont marquées à l’entrée du collège, et vont s’accentuant…