N° 912 | du 15 janvier 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 15 janvier 2009

Les inégalités de la monoparentalité

Joël Plantet

La proportion de mineurs vivant en famille monoparentale ne cesse de croître depuis 40 ans. Les mères isolées ont un niveau d’études moins élevé que les mères en couple

En 2005, selon de récents chiffres de l’Insee, 63 % des enfants de moins de 18 ans vivaient avec un couple parental marié, alors qu’ils sont de plus en plus nombreux issus de parents vivant en union libre (18 %) – proportion variant logiquement avec l’âge des enfants – ou en famille monoparentale (16 %). La proportion de mineurs vivant en famille monoparentale ne cesse, elle, de croître depuis 40 ans : elle n’était que de 6 % en 1968 [1].

Vivre avec des parents mariés est avant tout une affaire de génération : en 1990, 75 % des enfants de moins de trois ans vivaient avec des parents mariés, et le mariage de ces derniers précédait alors en général leur naissance. Mais les temps changent : en 2005, ces mêmes enfants, âgés de 15 à 17 ans, ne sont plus que 66 % à vivre encore avec un couple parental marié. Et les enfants âgés de moins de trois ans en 2005 ne sont eux que 58 % à vivre avec un couple parental marié.

Dans ce contexte, certaines inégalités apparaissent de plus en plus : les jeunes enfants en famille monoparentale ont par exemple moins souvent des mères occupant un emploi ou diplômées que les jeunes enfants vivant avec un couple parental, différence cependant plus faible, tempère l’Insee, pour ce qui concerne les adolescents. De même, les enfants ont des conditions de logement plus favorables lorsque leurs parents vivent en couple. Certains chiffres sont clairs : en Île-de-France, un quart des enfants vivent dans un « logement surpeuplé »… Dans les familles monoparentales, un enfant sur cinq habite un logement où il manque au moins une pièce, selon l’indicateur usuel, contre un sur dix pour les enfants vivant avec un couple. Et pour 3 % des enfants, ce sont deux pièces qui manquent…

De même, les enfants vivant avec un couple parental ont une probabilité plus forte de vivre avec au moins un parent bachelier (60 %) que les enfants vivant avec un parent seul (40 %). Cet écart reflète globalement le faible niveau d’études des mères isolées : 38 % des enfants des familles monoparentales vivent avec une mère bachelière, contre 50 % des enfants vivant avec deux parents. L’écart est particulièrement marqué pour les enfants les plus jeunes. Même si les inégalités d’emploi entre mères isolées et mères en couple s’estompent avec l’âge des enfants, certaines caractéristiques sont pointées pour les premières : fréquence du chômage ou prégnance du temps partiel, par exemple. L’Insee précise simultanément que depuis quarante ans, la proportion des mineurs a baissé : représentant 31 % de la population au milieu des années soixante (baby boom oblige), ils sont passés à 25 % en 1990 pour parvenir à 22 % en 2004.

En 2005, si la quasi-totalité des moins de 18 ans – plus de 97 % – habitent avec au moins un parent, 2 % résident avec des personnes avec qui ils n’ont pas de lien de filiation directe (un grand-parent, une famille d’accueil, etc.). Une autre proportion de mineurs (moins de 100 000) vit en collectivité, le plus souvent en centre d’hébergement, ou encore dans une habitation mobile (caravane, roulotte, péniche). « Les proximités sociologiques entre parents renforcent les inégalités entre enfants », conclut l’Insee : les couples se forment fréquemment entre deux personnes ayant poursuivi des études similaires ou appartenant aux mêmes catégories sociales. « En conséquence, la présence ou l’absence d’atouts en matière de diplôme, d’emploi ou de catégorie socioprofessionnelle du père et de la mère ont souvent tendance à s’additionner, d’où de fortes disparités au sein des enfants vivant avec deux parents ».


[1Insee Première n°1216 (janvier 2009)