N° 666 | du 13 mai 2003 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 13 mai 2003 | Réalisation Martine Delumeau

Les gueules de l’emploi

Katia Rouff

(2002 - 53 mn)
ADAV
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Thème : Discrimination

La réalisatrice Martine Delumeau donne la parole à quatre personnes victimes de discrimination dans le travail et à un consultant spécialiste de cette question. Les témoignages montrent la souffrance que provoque ce délit et la nécessité de porter plainte

Ils s’appellent Assia, Gaston, Nassera et Toufik. Ils sont d’origine étrangère. Ils vivent aux quatre coins de la France. Certains ont des diplômes, d’autre non. Certains ont un travail, d’autres sont au chômage. « Ils ont en commun d’avoir été victimes de discrimination raciale au travail ou à l’embauche. À un moment de leur parcours professionnel, une phrase, un mot, une attitude leur ont fait comprendre qu’ils n’avaient peut-être pas leur place dans le monde du travail ou alors une place bien déterminée », expose Martine Delumeau, la réalisatrice.

Assia Hassani a 28 ans. Elle est algérienne. Elle vit en France depuis son enfance. Son embauche dans une bijouterie est imminente lorsque la propriétaire se rétracte : « Vous vous appelez Assia ? Je pense que ça ne va pas être possible. Je croyais que vous étiez française ». Sur son CV, elle s’appelle Alicia « Lorsque j’envoie des CV avec mon nom d’origine, je ne suis jamais convoquée ». Elle porte plainte. Elle retrouve un poste de commerciale. Tout se passe bien jusqu’au jour où on lui refuse l’entrée d’un site parce qu’elle est algérienne.

Gaston Dioulo travaille depuis huit ans dans une multinationale. Il accumule les diplômes, forme les nouveaux arrivés dans l’entreprise mais son poste n’évolue pas. D’origine ivoirienne, il se juge victime de harcèlement discriminatoire et porte plainte alors qu’il est toujours salarié. Il cache l’histoire à ses trois enfants « Il n’y a rien de plus difficile que d’expliquer un acte que rien ne justifie ».

Nassera Gherbi est aide-soignante. Elle subit des insultes racistes de la part d’une collègue que la surveillante défendra. Elle est la seule à ne pas être titularisée après quatre années de travail. « Je ne vous sens pas », lui dit la surveillante. Nassera porte plainte au pénal et se fait licencier.
Toufik Badèche a 40 ans. Chercheur en physique des matériaux, huit ans après sa thèse, il n’a pas de lieu pour faire ses recherches. Il n’a vécu que deux années de stabilité. Entre deux postes précaires, il vit de longs moments d’inactivité et perçoit le RMI. Certes, les postes de chercheurs sont rares et tous vivent des périodes d’inactivité mais pas à ce point. Toufik écrit dans des revues scientifiques, intervient dans des colloques internationaux et est tuteur de thèse. Il prend contact avec la Commission départementale d’accès à la citoyenneté (CODAC).

Khalid Hamdani, consultant en ressources humaines, anime auprès de responsables de recrutement, de salariés de La Poste, de mission locales et d’associations, une formation sur les préjugés qui conduisent à la discrimination. Il dénonce « l’ethnicisation des secteurs » provoquée par la politique discriminatoire des entreprises. « Prenons l’exemple d’un jeune d’origine étrangère qui obtient un BTS. Ne trouvant pas de travail, il accepte un poste de manœuvre. Au bout d’un an, lors des entretiens d’embauche dans son secteur, on lui dira : « Vous n’avez pas travaillé pendant un an, votre diplôme est obsolète ». On commence à mettre en doute ses compétences. Au bout de deux ans, il n’a plus qu’à raccrocher son diplôme. S’il est grand et costaud, il trouvera un poste dans la sécurité. Un véritable gâchis de ressources humaines et une situation intolérable pour lui. De plus, il prendra la place de quelqu’un qui n’a pas de BTS. C’est la collectivité pourtant qui a payé sa formation ». La discrimination est une souffrance. Et un délit.