N° 827 | du 8 février 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 février 2007

Les foyers de jeunes travailleurs un tremplin vers l’autonomie

Katia Rouff

Thème : Insertion

Étape intermédiaire et agréable entre la vie familiale et le logement autonome, les foyers de jeunes travailleurs hébergent des jeunes âgés de seize à trente ans et les accompagnent dans leur insertion sociale et professionnelle. Mais avec la crise du logement et de l’emploi, l’étape a tendance à… durer

En 2006, l’Union nationale des foyers et services pour jeunes travailleurs (UFJT) [1] a soufflé ses cinquante bougies. L’histoire de ce mouvement commence à la fin des années cinquante, en plein exode rural. Des associations militantes proposent aux jeunes paysans migrant vers la ville et ses usines, aux ouvriers et aux apprentis quittant leur famille, des « foyers » dans lesquels ils trouvent un toit, une aide et une ambiance familiale. « L’action socio-éducative est prise en compte dans le financement des foyers au même titre que le logement. Elle ne cessera de se renforcer et de se diversifier au fil des années », souligne l’UFJT. Depuis 1975, ces structures sont reconnues comme des institutions sociales et médico-sociales.

Les FJT accueillent les jeunes âgés de seize à trente ans, dont une majorité entre vingt et vingt-cinq ans. « Notre politique consiste à accueillir tous les jeunes et à répondre à une diversité de demandes suffisante pour maintenir un équilibre et un brassage social. En général, nous accueillons 30 % de jeunes travailleurs qui sont dans un processus d’accès à l’emploi, 30 % de jeunes en insertion (formation, alternance…) et 30 % ayant des difficultés personnelles ou sociales », souligne Jean-Marie Aubery, directeur de la prospective et du développement à l’UFJT.

Mixité sociale

Les structures hébergent aussi 10 % de jeunes en accueil conventionné (Aide sociale à l’enfance, PJJ…) Les revenus des résidents varient selon leur situation : 41 % d’entre eux perçoivent plus de 916 € par mois et 16 % plus de 1065 €. Nombreux sont ceux disposant de faibles ressources : 32 % reçoivent moins de 300 € par mois et parmi eux 8 % n’ont aucunes ressources. L’équipe éducative les accompagne pour entreprendre les démarches nécessaires à l’obtention d’aides à la personne et/ou au logement. Le prix des loyers s’élève en moyenne à 300 €, mais grâce à l’APL [2] dont bénéficie la plupart des jeunes, seule une centaine d’euros reste à leur charge. La redevance mensuelle couvre le loyer, les charges locatives et la participation aux prestations annexes (laverie automatique, service de blanchisserie).

Dans une structure moyenne – moins de cent logements – l’équipe éducative est généralement constituée d’un directeur et de deux animateurs. « Elle peut s’étoffer selon le territoire dans lequel elle est implantée et l’attente des partenaires locaux : certaines structures par exemple ouvrent leurs services (logement, santé, préparation au permis de conduire…) aux autres jeunes de la ville, souligne Jean-Marie Aubery. Une structure privilégiant l’accompagnement individuel peut aussi embaucher un conseiller en économie sociale et familiale, une autre accueillant un nombre important de jeunes en grandes difficultés, un éducateur spécialisé. » Le FJT constitue un outil important dans l’habitat social et l’insertion des jeunes. À l’origine orienté vers la culture et l’éducation, l’accompagnement s’est, au fil du temps, adapté aux nouvelles donnes sociales et économiques.

Aujourd’hui en lien avec les partenaires spécialisés, les équipes éducatives apportent une aide individuelle et collective aux résidents. Les jeunes en situation précaire à leur arrivée (CDD, intérim…) bénéficient d’un accompagnement pour trouver une formation ou accéder à un emploi plus stable. Les « services logement » au sein de certains foyers ou les Comités locaux pour le logement autonome des jeunes (CLLAJ) - membres de l’UFJT - servent d’interface entre les jeunes et les bailleurs et donnent aux résidents toutes les informations et pistes nécessaires pour préparer l’après foyer. L’équipe éducative veille également à ce que les jeunes soient bien dans leurs baskets : information sur la santé en lien avec des professionnels (nutritionnistes, psychologues), organisation d’ateliers (théâtre, écriture…), de sorties, de voyages, d’échanges avec des résidents étrangers, d’activités sportives…

La signature d’un accord cadre entre l’UFJT et le gouvernement en 1989, et le travail avec de nombreux partenaires (ministère du Logement et de l’Action sociale, Caisse des dépôts et consignations, bailleurs…) a permis la réhabilitation de vingt-cinq mille logements et la diversification des produits et services répondant aux aspirations d’autonomie des jeunes : studettes individuelles en résidence collective, studios pour couples, hébergement diffus, appartements en ville…

Un nouvel accord cadre triennal (lire l’interview de Nadine Dussert) signé fin 2006 va permettre de développer l’ensemble de l’offre de logements pour les jeunes avec la construction de dix mille nouveaux logements, la réhabilitation de trois mille cinq cents logements et la mobilisation dans le parc public et privé de logements dédiés aux jeunes travailleurs. Cet accord prévoit l’amplification de l’effort de l’UFJT en faveur des jeunes travailleurs en insertion professionnelle, notamment les bénéficiaires des contrats du plan de cohésion sociale (apprentis, contrats aidés, PACTE, contrats de professionnalisation, CIVIS).

Certaines structures ont troqué le mot « foyer » au profit de « résidence », moins stigmatisant. Les espaces collectifs (cuisines à l’étage, salles de loisirs, de sport…) favorisent la rencontre et la détente. Cafétérias, kitchenettes dans les appartements…, permettent aux résidents de préparer leur repas en toute autonomie. 67 % des structures proposent une restauration collective. Les FJT s’autofinancent à hauteur de 73 %, le reste du financement provient des fonds publics, en particulier des départements, des autres collectivités locales et de la Caisse d’allocations familiales [3].

Si la loi de 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale prévoit la mise en place d’un « conseil de la vie sociale » dans chaque FJT, de nombreuses structures encouragent depuis longtemps déjà la participation des jeunes aux décisions qui concernent leur lieu de vie et cela sous différentes formes (réunion annuelle de l’ensemble des résidents avec la direction, temps d’échanges entre salariés et jeunes, conseil de résidents réunissant les délégués d’étage et la direction, comité de résidents trimestriel ouvert à tous…) (lire l’intretien avec Jean Moiteaux).

Autonomie sans solitude

La vie en FJT constitue une étape avant le logement autonome allant de quelques semaines à un ou deux ans. Cependant, la crise du logement et de l’emploi ont entraîné un allongement de la durée moyenne d’hébergement et une augmentation des longs séjours. Au départ, les jeunes ne sont pas forcément attirés par ce type d’habitat. « Vivre dans un lieu qui propose du collectif au moment où ils ont besoin d’affirmer leur autonomie ne les enthousiasme pas plus que ça, sourit Jean-Marie Aubery, puis ils trouvent de nombreux avantages au FJT : on peut y entrer pratiquement du jour au lendemain – sous réserve de places disponibles – en bénéficiant de suite de l’APL, être soutenu par l’équipe éducative au moment des ruptures professionnelles particulièrement fréquentes en cette période économique difficile. Nous avons constaté que des jeunes ont pu vivre jusqu’à dix-huit ruptures consécutives dans leur trajectoire professionnelle pendant leur temps de passage en FJT. L’APL leur a alors permis de garder leur place en foyer et l’équipe éducative leur a apporté du soutien et de la sécurité. »

Les propos des jeunes recueillis dans le cadre d’une formation régionale coordonnée par Emmanuelle Vrignault pour l’UFJT de Poitou-Charentes [4] vont dans le même sens. « Les jeunes vivent plutôt bien leur passage en FJT. Même s’ils choisissent souvent cette solution par défaut face à la difficulté à trouver un logement dans le parc privé ou social, l’expérience les satisfait, souligne la coordinatrice. Ils apprécient la richesse du lien social : les rencontres sont faciles, le sentiment de solitude atténué, les lieux d’activités et les conseils de résidents favorisent l’expression et la prise de décision… Même les résidents peu ou pas attirés par le collectif reconnaissent que le groupe apporte de la vie et offre un sentiment de sécurité, tout comme la présence et le soutien de l’équipe éducative. »

Guillaume, vingt-cinq ans, résident dans une structure parisienne confirme : « Le prix du loyer avec les aides est abordable et malgré quelques contraintes, la vie en foyer est agréable. Il y a des voisins, une vie commune, ça permet de ne pas être perdu dans une grande ville. C’est assez sympa. Et plus il y en aura, mieux ce sera ! » Les FJT logent chaque année quatre-vingt-quinze mille jeunes.


[1Ex Union nationale des foyers de jeunes travailleurs, elle fédère 330 associations sur l’ensemble du territoire

[2L’APL est spécifique dans les résidences sociales : elle prend en compte les charges liées au logement et la gestion de ces logements

[3Les murs appartiennent pour moitié à des bailleurs publics et pour l’autre à des propriétaires privés

[4« Droits et devoirs des personnes accueillies et des établissements à l’Union des foyers de jeunes travailleurs de Poitou-Charentes. » Contact. 05 49 88 48 05


Dans le même numéro

Dossiers

L’autogestion d’un foyer de jeunes travailleurs

Educatrice-animatrice dans un foyer expérimentant l’autogestion depuis cinquante ans, Nathalie Taverniers est à l’écoute des jeunes hommes et femmes qu’elle accompagne dans leur chemin vers l’autonomie

Lire la suite…

Accompagner la mobilité des jeunes

L’Association pour le logement des jeunes travailleurs (ALJT) propose aux jeunes un hébergement de qualité associé à un accompagnement social individuel et collectif. Chaque jeune accueilli a un projet professionnel. Si nécessaire, l’équipe, en lien avec son réseau de partenaires, l’aide à le mener à bien. Explications de Marion Le Paul, responsable de la promotion et de la communication

Lire la suite…

École de démocratie participative

Entretien avec Jean Moiteaux, responsable du FJT Isabelle Taillefer d’Angoulême en Charente

Lire la suite…

Développer l’offre de logements

Rencontre avec Nadine Dussert, directrice générale de l’Union des foyers et services pour jeunes travailleurs (UFJT) [2]

Lire la suite…