N° 1167 | du 9 juillet 2015

Critiques de livres

Le 9 juillet 2015 | Jacques Trémintin

Les fanatiques

Bernard Chouvier


éd. Odile Jacob, 2009, (223 p. – 21,90 €) | Commander ce livre

Thème : Sciences humaines

Comment réussir à comprendre un comportement à ce point extravagant, absurde et odieux qu’il en vient à apparaître inhumain ? Bernard Chouvier propose une typologie permettant justement d’approcher cet éprouvé, en s’appuyant sur des illustrations reprises sur près de trois mille ans d’histoire. Car, loin d’être un phénomène contemporain, l’exaltation a toujours été l’expression des dérives extrêmes de l’espèce humaine. Première figure du fanatique : l’inspiré, complètement imprégné par la présence de sa divinité au point de ne plus s’appartenir. Il est sous l’emprise de ce qu’il croit être une injonction suprême. Sa fureur étant proportionnelle à sa ferveur, il est plutôt porté à l’auto-sacrifice. À la différence du possédé qui, lui aussi porté physiquement et psychiquement à la surexcitation, est obnubilé par la volonté de transmettre hors de lui la conviction qui l’habite. Il est conscient de ce qu’il fait quand il s’attaque à autrui. L’initié, quant à lui, se montre posé et réfléchi.

C’est au nom d’une raison supérieure qu’il idéalise la doctrine dont il est porteur, considérant qu’elle doit s’imposer. L’enragé est un combattant au service d’un chef charismatique. Ce n’est pas tant la défense de ses idées qui l’intéresses, que les actes. C’est un psychopathe programmé pour un dessein supérieur, une machine à tuer au service d’une mission meurtrière. Le terroriste en est convaincu, soit l’autre se soumet à sa doctrine, soit il doit le soumettre : raser, écraser, éliminer… personne ne doit y échapper. Le martyr ou kamikaze amalgame la violence contre autrui avec la violence contre soi, l’auto-sacrifice étant la marque supérieure du triomphe de la cause qu’il porte et qui le porte. Dernier avatar du magasin des horreurs, le fanatisme privé illustré par ces étudiants américains commettant des massacres sur leur campus. L’auteur commente chaque type, en tentant d’apporter du sens à ce qui semble insensé.


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