N° 831 | du 8 mars 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 8 mars 2007 | Patricia Delage

Les fables peintes du corps abîmé

Henri-Jacques Stiker


éd. du Cerf, 2006 (187 p. ; 19 €) | Commander ce livre

Thème : Handicapés

« Quiconque a regardé la peinture, a regardé la déformation des corps par la peinture, quiconque a regardé l’infirmité peinte par la peinture ne peut plus que regarder fraternellement ceux qu’il rencontre, et dont le corps, ou l’esprit, n’est pas conforme. » Oser un ouvrage sur l’infirmité et ses représentations picturales, ses relations avec l’histoire sociale, semble être le défi relevé, fort bien d’ailleurs, par ce livre. Sous-titré « Les images de l’infirmité du XVIe au XXe siècle » ou quand l’esthétique rencontre l’éthique, quand l’art pictural rend visible, révèle, questionne.

Très fortement documenté, riche de commentaires précis, cet ouvrage est une référence, une restitution illustrée d’un travail colossal d’étude, de recherche, d’analyse. Avec comme point de départ, la crucifixion du christ, le propos suit une progression chronologique. Le concept développé est le retournement : l’exception qui devient le commun, le rejeté qui se voit réhabilité. De Bruegel à Vélasquez, de Jérôme Bosch à de Ribera, il s’agit ici d’une ballade dans le temps et l’histoire avec comme fil conducteur les représentations artistiques de la difformité et de la différence.

L’intérêt majeur de l’ouvrage, entre autre, réside dans l’explication de la construction des tableaux, dans l’aide à la compréhension du travail de l’artiste, dans la signification en regard de la société du moment. La misère de la condition humaine, les tares, les aveugles, les différentes formes de folie,… la peinture offre un renvoi sur les souffrances, les prises en charges sociales, le rapport au monde. La difformité exprimée dans les tableaux reflète d’autres difformités d’ordre social.

Des reproductions de qualité, des écrits pertinents, savants mais également accessibles, un sujet original, voilà, ma foi, une autre façon de s’ouvrir au handicap, qui rend plus intelligent dans toutes les références qu’il apporte et plus réfléchi quant au regard sur l’autre.


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