N° 973 | du 20 mai 2010

Critiques de vidéos

Le 20 mai 2010 | Un documentaire de Nathalie Bougeard & Martine Gonthié

Les enfants de… Vivre avec un parent en prison

Joël Plantet

Documentaire (2009) - 25 mn - (10 € + port 1,35 €)
Enjeux d’enfants
BP 20502 - 35005 Rennes cedex
Tél. 02 99 65 19 19

Thème : Prison

La caméra glisse doucement sur le mur de pierres de la prison départementale. « Je ne suis jamais retournée dans le square du Petit Villeneuve », se souvient Renée, 70 ans, dont le père, nationaliste breton, fut écroué après guerre pendant huit ans : « C’est là que nous attendions le retour de notre mère, avec celui d’entre nous dont c’était le tour de visite ; nous étions cinq enfants… » Sur fond de bruits de portes et de verrous, l’ancienne fille de va détailler sa souffrance de gamine de dix ans : attentes silencieuses, réflexions des gardiens, ouverture de colis, « massacrés, alors qu’ils avaient été faits avec amour », embrassades difficiles au travers du grillage, ambiance du parloir.

Pour l’enfant en effet, ce n’est jamais simple : « Pourquoi les portes sont toujours fermées ? », questionne candidement Antoine, 3 ans et demi. Ce sera l’obligation, pour l’enfant parfois thérapeute, parentalisé, d’aller faire du bien à son parent détenu, avec la contrainte du partage d’un temps de détention… Des adolescents – Dimitri ou Didier, 17 ans – rappellent comme il n’est pas facile d’en parler autour de soi, comme tout cela est lourd à porter : « Tu me dis dans tes lettres que tu ne sais pas si tu vas pouvoir tenir… Te poses-tu la question si moi, je vais pouvoir tenir ? », questionne crûment Didier. « Je sers de nounou, je dois m’occuper de mes petits frères pendant que papa parle à maman », se plaint aussi Anne, 13 ans, tout comme Aubin, 14 ans : « Je n’avais que des souvenirs de parloir… Comment on récupère ce temps-là ? – ou encore Lydie, 15 ans : « La prison me laissera des traces, moi aussi. » Ce qui peut alors aider l’enfant sera « se poser la question de lui », assure Nathalie Woog de Caqueray, psychologue à Enjeux d’enfants [1].

Le conflit à gérer est de taille, souvent de l’ordre d’un antagonisme entre opprobre social et figure de héros, deux vérités possibles pour enfant en situation de grand écart. Ce conflit de loyauté s’exerce entre deux lois, l’une familiale, affective, l’autre sociale et juridique.

« Il fallait vivre avec son histoire, on n’en était pas débarrassé », se remémore Renée, relatant les 48 heures de droit de visite tous les deux mois pour un père qui, après sa sortie de prison, était resté interdit de séjour dans le département. Les enfants, insiste-t-elle, subissent doublement cette situation : la souffrance émane, bien sûr, d’une part de la privation du parent, mais aussi, d’autre part, de l’affrontement avec les autres à propos de cette conjoncture… « Maintenant, ce sont les petits-enfants qui posent les questions », soupire-t-elle.

De fait, et c’est l’intérêt de ce film sensible, la grand-mère qu’elle est aujourd’hui est restée en contact avec la petite fille qu’elle était. Après être longtemps restée silencieuse sur son histoire, Renée a pris contact avec Enjeux d’enfants en 2006, à la suite d’un article de presse présentant l’action de l’association, pour témoigner d’une vie marquée par la condamnation de son père. Joli apport mutuel.


[1L’association Enjeux d’enfants
Fondée à Rennes en 1992, l’association Enjeux d’enfants Grand Ouest s’est donnée pour mission l’aide aux relations entre enfant(s) et parent incarcéré. Elle intervient sur neuf établissements du Grand Ouest pénitentiaire, via l’organisation de rencontres accompagnées en parloir, ou l’organisation des trajets de l’enfant et son hébergement. En outre, des actions collectives en détention, des actions de formations et de sensibilisation auprès des professionnels de l’enfance sont mises en place. Enfin, l’association milite pour améliorer les conditions d’accueil des enfants au sein des établissements pénitentiaires