N° 887 | du 5 juin 2008 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 5 juin 2008

Les conseillers d’insertion et de probation plébiscitent la mesure

Nathalie Bougeard

Assistantes sociales au service pénitentiaire d’insertion et de probation du Calvados, Elisabeth Hardouin et Isabelle Boutté portent un regard largement positif sur cette mesure.

Arrivée récemment à l’administration pénitentiaire, Isabelle Boutté n’a jamais eu d’a priori sur le bracelet électronique : « Je l’utilise énormément. D’autant plus que toutes les demandes sont satisfaites », résume-t-elle. Pour Elisabeth Hardouin, plus ancienne dans ses fonctions, le démarrage a été empreint d’une grande méfiance : « Il existait déjà des aménagements de peine comme la liberté conditionnelle ou la semi-liberté. Pourquoi donc une mesure supplémentaire d’autant plus que l’existant fonctionnait bien. En plus, le ministère nous avait fixé des objectifs quantitatifs - cinquante PSE - dès la première année… Enfin, l’enquête à réaliser nous semblait lourde sans compter que nous avions l’impression d’être considérés comme des flics. »

Important travail d’enquête

Deux ans après, cette assistante sociale chevronnée a revu son jugement : « A l’usage, on voit bien que le PSE est intéressant : des gens qui auraient fait de la prison restent chez eux et, de plus, cela permet de poser des règles. Le PSE responsabilise un peu les personnes. Nous nous sommes appropriés le dispositif et nous pouvons faire autre chose que du flicage. On peut aider les gens à travailler sur leur projet de vie personnel et professionnel, certains trouvent du travail pour être placés sous surveillance électronique. Et pour des personnes handicapées physiques, c’est beaucoup plus adapté que le régime de semi-liberté. »

Toutefois, selon les deux professionnelles, le travail d’enquête et de suivi est fondamental : « Au début, nous n’avons pas vu qu’il y avait tout cela. D’autant plus que la hiérarchie nous disait qu’il n’y avait pas besoin d’un gros travail d’accompagnement. C’est faux », rectifient-elles. Et de développer : « La demande de PSE oblige le travailleur social à revoir avec les détenus toute l’organisation de leur vie. Par exemple, lorsque nous leur demandons ce qu’ils font le week-end, souvent les gens répondent « rien ». Mais c’est faux, il y en a toujours un qui va faire son tiercé, l’autre qui fait du vélo avec des amis, un autre qui accompagne ses enfants au sport, etc. En fait, à partir des habitudes de vie de la personne, nous négocions tout pour réaménager et faire en sorte que cela soit compatible avec les horaires du PSE. »

Le travail et plus précisément le type de contrat qu’a signé le détenu placé sous surveillance électronique peut également constituer une source de complications. « Au début, les juges n’acceptaient pas de placer sous surveillance électronique lorsqu’il n’y avait pas de contrat à durée indéterminée ou de CDD sur des durées conséquentes. C’est problématique car ici, nous avons beaucoup de personnes qui travaillent en intérim », souligne Elisabeth Hardouin.

Au fil des mois, les conseillères ont su convaincre les juges d’application des peines que la mesure pouvait être appliquée à une personne qui justifiait de missions quasiment en continu avec des agences d’intérim. En outre, les horaires fixés par le PSE étant rigides, difficile de rester terminer une tâche au travail, même si le patron le demande. « Il n’y a pas de place pour l’imprévu. En cas d’heures supplémentaires programmées deux ou trois jours à l’avance, on peut essayer mais vraiment, la procédure d’anticipation est lourde », constatent-elles.

Et sur la vie familiale, quel est l’impact ? « Souvent, les futurs placés sous surveillance électronique ne pensent pas aux conséquences sur la vie familiale. Certes, le bracelet permet de garder son travail, donc de percevoir son salaire et de préserver les liens familiaux. Pour les enfants, c’est quand même mieux de voir son parent à la maison qu’au parloir ! Mais rapidement, toute la famille porte la peine. Cela étant, le placement sous surveillance électronique est une mesure de liberté », considère Elisabeth Hardouin. Selon Isabelle Boutté, le PSE est souvent « beaucoup plus facile à vivre que l’incarcération ». « Toutefois, on constate plus d’empathie lorsque la personne est en prison que sous PSE », ajoute-t-elle.

En fait, pour ces deux assistantes sociales, la limite fondamentale du bracelet électronique est la durée de la peine. « Jusqu’à six mois de peine, cela semble supportable grâce au système des remises de peine. Au-delà, nous mettons en garde la personne que le placement sous surveillance électronique risque d’être difficile à supporter. Car très souvent, les gens ne se rendent pas compte », expliquent-elles. Des craintes confirmées par le surveillant Eric Viandier : « À la fin de la peine, lorsqu’ils viennent pour la levée d’écrou, les gens me disent qu’il était temps que cela se termine. » Pour l’heure, la durée moyenne des PSE est de quatre-vingt-huit jours mais la Chancellerie, sans savoir comment y répondre, est bien consciente de cette limite.

Enfin, Elisabeth Hardouin et Isabelle Boutté aimeraient une extension des critères de placement : « Nous souhaitons un PSE « recherche d’emploi ». C’est vrai que le juge prendrait un risque mais nous avons les partenaires capables de nous relayer ». Elles sont également demandeuses d’un bracelet électronique qui pourrait être connecté sur un téléphone portable.


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