N° 823 | du 11 janvier 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 11 janvier 2007

Les centres "Défense Deuxième chance" à la loupe

Joël Plantet

Un CD2C, comment ça marche ?

Établissement civil disposant de personnels administratif, pédagogique et technique, les centres Défense deuxième chance proposent des classes à effectifs restreints (une douzaine d’élèves en moyenne). Prévue sur six mois, leur formation comprend trois modules : mise à niveau des fondamentaux scolaires (français, orthographe, mathématiques) ; formation civique et comportementale ; formation professionnelle dans des secteurs d’emploi déficitaires tels que : hôtellerie, restauration, services à la personne, services aux entreprises, bâtiment et travaux publics, transport et logistique… Les stagiaires se voient également proposer une initiation à l’informatique, au code de la route et une formation aux premiers secours. S’y ajoutent d’intenses activités physiques, une participation aux tâches quotidiennes liées à la vie en collectivité « ainsi qu’un apprentissage du respect de l’autorité. »

Objectif final : chaque stagiaire doit acquérir le niveau du certificat de formation générale (CFG) correspondant à l’ancien certificat d’études. Au sortir de la formation, certains stagiaires poursuivront leur apprentissage dans une filière de formation classique (centre de formation des apprentis, par exemple) ou trouveront un stage en entreprise ou un contrat d’apprentissage. D’autres effectueront une année supplémentaire au sein du CD2C pour préparer l’obtention d’un CAP. « Dès maintenant, les résultats obtenus témoignent de la réussite du programme. Cet automne, 500 jeunes sont sortis des centres avec des acquis et des perspectives d’emploi. D’ores et déjà, 93 % d’entre eux – dont plus de 30 % étaient illettrés à l’entrée – ont obtenu leur certificat de formation générale. Alors que leur formation n’est pas achevée, nous avons déjà plus de 60 % d’offres d’emploi dans le bâtiment, la restauration, la mécanique ou le transport », se rengorgeait récemment Michèle Alliot-Marie, ministre de tutelle.

Lors de notre reportage à Val-de-Reuil, on nous a tout de même indiqué que tous centres confondus, 20 % des jeunes accueillis en partaient dès le premier mois de leur propre chef ou en étaient exclus pour des problèmes de discipline. Le contrat de volontariat pour l’insertion (CVI) signé par chaque jeune prévoit en effet une période probatoire de deux mois pendant laquelle, de part et d’autre, le contrat peut être résilié. Prévu pour six mois, chaque contrat peut être renouvelé jusqu’à une durée de deux ans.

Le personnel pédagogique et d’encadrement est issu d’horizons divers : anciens militaires volontaires dans leur grande majorité, vacataires du secteur privé, enseignants de l’Éducation nationale… Ils doivent « être motivés par l’enjeu pédagogique et social du projet », reçoivent en principe une formation adaptée en interne quelques semaines avant l’arrivée des stagiaires. Leurs contrats sont d’une durée de trois ans, renouvelables.

Parmi les partenaires de l’ÉPIDe : les organismes de formation professionnelle et l’ANPE, les missions locales et les permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO), les collectivités territoriales, certaines entreprises (dont de grands groupes dans les domaines de la restauration, de la sécurité, des métiers du transport, des travaux publics, de l’environnement, etc.).

Les facteurs clés de la réussite d’une implantation paraissent logiques : proximité d’un bassin d’emploi, préexistence de réseaux et structures de formation professionnelle établis localement, accessibilité du site pour le personnel du centre et les stagiaires, faisabilité technique et financière du projet… Les ministères de tutelle espèrent que nombre de collectivités territoriales, par exemple, pourront trouver un intérêt à l’implantation d’un centre en termes d’impact économique mais aussi en matière de cohésion sociale. On trouve d’ailleurs une brochure destinée aux collectivités territoriales intitulée Défense deuxième chance sur le site Internet < www.defense.gouv.fr >.

En ce moment, le dispositif a le vent en poupe : un décret du 30 mars 2006 a doté l’ÉPIDe d’une capacité immobilière supplémentaire, les immeubles domaniaux n’étant plus d’utilité aux armées (actuellement au nombre de sept) lui étant transférés en pleine propriété.


Un cadre : le service civil volontaire

Le service civil volontaire permet à tout jeune qui le souhaite de s’engager dans une mission en faveur de la collectivité pour une période déterminée. Toute personne morale de droit public ou privé, ayant une mission d’intérêt général ou d’insertion professionnelle peut demander l’agrément au titre du service civil volontaire. Les CD2C s’inscrivent dans ce paysage.

Trois obligations se rattachent au service civil volontaire : tutorat, formation aux valeurs civiques et accompagnement à l’insertion professionnelle. Plusieurs cadres existent : le dispositif deuxième chance, les Cadets de la République (pour la police), le volontariat international avec une ONG, les collectivités locales pour des actions de solidarité de proximité… Le nombre de jeunes effectuant un service civil volontaire — le plus souvent sous la forme d’un engagement associatif ou l’apprentissage d’un métier —, en ce début d’année 2007, est estimé à dix mille jeunes. Un décret en a fixé, le 21 août 2006, les modalités : ouvert aux filles et garçons de 16 à 25 ans pour une durée de six, neuf ou douze mois, il est destiné à aider les jeunes en difficulté à trouver un emploi en leur permettant d’intégrer différents corps de métier (défense, police, environnement, santé, culture et secteur associatif).

En fin de service, un brevet de service civil volontaire est remis au jeune au nom de la récente agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSÉ). L’accueil de chaque jeune ouvre droit à un financement, l’agence prenant en charge tout ou partie de l’allocation versée au volontaire ainsi que sa formation et son accompagnement [1] . L’aide globale apportée par l’État est d’environ 900 € par mois par jeune accueilli. Une charte a été mise en place par arrêté du 21/08/06. Par ailleurs, un sondage IFOP indiquait, fin novembre dernier, que trois jeunes sur quatre étaient favorables au service civil… obligatoire.


Profil et statut des stagiaires

Les conditions d’admission dans un centre Défense deuxième chance sont les suivantes :

Avoir entre 18 et 21 ans et avoir été identifié en difficulté scolaire lors de la journée d’appel de préparation à la défense (JAPD) : sur les 800000 jeunes de 18 à 21 ans, 60000 sont repérés en difficulté (échec scolaire, sans emploi, risque de marginalisation).

Ne pas posséder de diplôme et ne pas avoir d’emploi.

Être volontaire pour ce programme de formation.

Avoir passé une visite médicale de non contre-indication.
Les jeunes signent alors un contrat avec leur centre, non assimilable à un contrat de travail. Ils sont nourris, logés (du dimanche soir au vendredi après-midi), disposent d’une couverture médicale et sociale. Le principe est celui d’un internat reposant sur une discipline et un règlement intérieur stricts, et le port d’uniformes « visant à éliminer toute discrimination sociale ».

Ils perçoivent une allocation mensuelle de 300 € dont 140 € sont versés mensuellement et, à partir du troisième mois, 160 € capitalisés et remis en fin de formation : « Cette part d’allocation capitalisée a pour objectif d’aider les jeunes après leur formation tout en les encourageant à la suivre jusqu’au bout avec assiduité et implication. »

N° vert réservé exclusivement aux jeunes : 0800 74 04 70- Tél. réservé aux missions locales : 01 47 71 48 47


Le CD2C Val-de-Reuil, une des pièces d’un dispositif général

Initié par la ministre de la Défense le 8 juin 2005, le plan global Défense 2è chance est né sous la forme d’un établissement public national en septembre 2005. Au bout de quelques mois de fonctionnement, le conseil économique et social (CES), tout en adhérant au principe, avait émis le 19 juin 2006 quelques propositions : engagement national « reconnaissant l’utilité sociale du dispositif », allongement de la tranche d’âge jusqu’à 23 ans, accompagnement à la sortie du programme, accès au dispositif sans condition de nationalité… Et pointait déjà une « assise financière beaucoup trop fragile ». Mesure phare pour l’intégration, l’opération Deuxième chance s’est vue mise à l’honneur le 14 juillet dernier : près de 400 jeunes issus des premiers centres étaient en effet invités à la garden-party de l’Élysée. Vitrine ou début d’intégration ?

Le premier CD2C a ouvert ses portes à Montry (Seine-et-Marne) le 30 septembre 2005. Au 30 juin 2006, six centres étaient ouverts : Montry (200 jeunes), Montlhéry (Essonne, 200 jeunes), Velet (Saône-et-Loire, 44 jeunes), Doullens (Somme, 120 jeunes), Saint-Clément les Places (Rhône, 50 places) et Val-de-Reuil, tous ayant vocation à accroître leur capacité d’accueil. D’autres sont prévus dans plusieurs départements. D’ici fin 2007, l’objectif, ambitieux, est de recevoir 20 000 jeunes. Mais en décembre, on ne dénombrait que onze centres alors que le calendrier prévisionnel de l’ÉPIDe prévoyait en septembre comme « quasi certain » la mise en route de seize établissements pour la fin de l’année 2006… Il se pourrait cependant que les prochaines échéances électorales accélèrent significativement le rythme : on nous a laissé entendre à Val-de-Reuil qu’une vingtaine aurait émergé d’ici là… De fait, pour l’heure, les ambitions ont été revues à la baisse.

Sixième de cette série, le CD2C de Val-de-Reuil était inauguré, lui, le 10 juillet dernier par la même ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie. Le même jour, une convention était signée avec le groupe Vedior bis, portant sur 20 000 jeunes en situation d’échec afin de les faire bénéficier d’un « programme de formation comportementale, scolaire et préprofessionnelle débouchant sur l’emploi. » Le groupe s’était d’ailleurs engagé à effectuer une « expertise des métiers et des besoins en recrutement » dans chaque région afin de vérifier que les formations dispensées correspondent aux besoins de chaque bassin d’emploi.

Accueillant aujourd’hui 165 jeunes — dont la moitié d’origine étrangère et environ 20 % de filles —, le centre de Val-de-Reuil est prévu pour pousser sa capacité jusqu’à… 360 volontaires. Six filières de formation y sont proposées : bâtiment, travaux publics, restauration, hôtellerie, espaces verts et aide à la personne.



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