N° 847 | du 5 juillet 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 5 juillet 2007 | Jacques Trémintin

Les brouettes de l’espoir

André Vignau


éd. Le Lectambule, 2007 (178 p. ; 16 €) | Commander ce livre

Thème : Humanitaire

Voilà un ouvrage à ne surtout pas rater. Il nous conte une superbe aventure initiée par les éducateurs de l’association Passerelles, en juillet 2006 : l’action humanitaire menée à Madagascar par un groupe de onze jeunes en difficulté, âgés de 14 à 25 ans, issus d’une cité des Yvelines. André Vignau, romancier et dramaturge, présent dès le début du projet, en a tiré un récit écrit dans un style à l’humour ravageur et d’une émotion à fleur de peau.

L’objectif consistait à construire une école dans la deuxième ville du pays, Tamatave, pour un orphelinat, les Enfants de joie qui recueille des gamins des rues, des orphelins et de jeunes mères abandonnées. Deux équipes allaient tourner, assurant successivement la main-d’œuvre pour édifier le bâtiment et une animation pour les enfants. Le départ fut précédé d’une préparation méticuleuse : pendant de nombreux mois une rencontre hebdomadaire, un premier chantier pour tester la vie de groupe, le suivi d’un stage Bafa pour apprendre les rudiments de l’animation…

Avant de changer d’hémisphère, le groupe avait été prévenu du décalage auquel il allait être confronté. Ce fut néanmoins le choc. Presque autant de temps pour se rendre de l’aéroport jusqu’à Tamatave qu’il en avait fallu pour venir en avion, à cause de l’état des routes. Une impressionnante misère guère adoucie par un climat largement dominé par des pluies autant battantes qu’incessantes. Une population analphabète à 70 % pour laquelle l’instruction n’est pas une corvée comme pour tant d’enfants français, mais une chance.

À côté de ces dures conditions d’existence, un sens de l’hospitalité qui fait tout donner, même et surtout si l’on n’a rien. Le chantier commence : tout ici se fait à la main. Pas de bétonneuse mais des brouettes de sable que l’on doit charrier, la ferraille du béton armé que l’on doit fabriquer à la main. Et puis, il y a ces enfants qui s’approchent d’abord timidement, puis qui affluent, découvrant avec émerveillement les perles qu’on leur propose pour confectionner bracelets et colliers ou les pots de peinture pour peindre une fresque murale, eux qui n’ont comme seuls jouets que de vieilles roues de bicyclette. Le chantier sera suffisamment avancé pour que la nouvelle école ouvre ses portes au 1er septembre.

Au final, ce ne sont pas ceux que l’on pense qui bénéficieront le plus de ce chantier humanitaire. Onze jeunes occidentaux ont appris à se rendre utiles et à se valoriser : « Une fois dans ma vie j’aurais fait quelque chose de bien », commentera Antonio, l’un d’entre eux. De retour dans leur cité, ils ne réussiront pas à retraduire la richesse de ce qu’ils ont vécu face à des familles ou copains pensant qu’il ne s’agissait que de vacances.

Une nouvelle fois, la démonstration est faite de la pertinence de l’action éducative. Un livre à se procurer et à lire sans délais, pour le plaisir de son écriture et la force de ce qu’il raconte.


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