N° 720 | du 9 septembre 2004 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 9 septembre 2004

Les activités proposées aux enfants ont toutes une visée thérapeutique

Katia Rouff

Thème : Psychose

L’hôpital de jour Le Pradon de Sainte Geneviève des Bois (91) fait partie du service de psychiatrie infanto-juvénile du secteur nord de l’Essonne. Il accueille des enfants et adolescents psychotiques dans deux unités séparées. Chaque enfant bénéficie d’un programme d’activités individualisé

Une ancienne école dans une rue calme de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne). L’hôpital de jour Le Pradon [1] y accueille depuis 25 ans des enfants et des adolescents psychotiques. En 2001, l’hôpital qui recevait jusque-là les enfants tous âges confondus a créé deux unités distinctes, l’unité des petits (5 - 11 ans) et celle des grands (11 - 15 ans). Il accueille 25 enfants.

Depuis une quinzaine d’années, les enfants ne passent plus comme avant la journée entière à l’hôpital de jour. Ils restent dans leur milieu familial et l’hôpital privilégie les activités séquentielles. La plupart des enfants sont orientés au Pradon par le CMP (centre médico-psychologique) qui, après tout un travail de préparation effectué auprès de la famille, décide du mode de prise en charge de l’enfant. L’hôpital de jour peut être l’un de ces lieux. L’enfant peut bénéficier parallèlement d’autres lieux d’accueil, comme l’accueil familial thérapeutique. Au Pradon, l’enfant suit le programme que l’équipe a conçu pour lui en lien avec ses parents et les autres lieux d’activités (écoles, centres de loisirs…)

Des enfants qui présentent de lourdes pathologies

L’hôpital de jour propose différentes activités et sorties aux enfants. Certains peuvent suivre une classe du Pradon avec des enseignants spécialisés détachés par l’éducation nationale. D’autres sont accueillis à l’école en milieu ordinaire et suivent des activités à l’hôpital de jour. « Françoise Deroose qui dirige l’école maternelle du Pradon est également en charge de l’intégration scolaire de tous les enfants du secteur. Nous montons en partenariat avec elle les projets scolaires de chaque enfant », apprécie Anne-Marie Owikoti, cadre supérieur de santé et responsable de l’équipe des soignants.

Les activités proposées aux enfants sont assurées par les soignants et ont toutes une visée thérapeutique. La gymnastique est un temps d’observation de l’activité physique. L’atelier repas permet de préparer des plats, de les manger et parfois de se réconcilier avec la nourriture. La sortie poney permet de se balader mais aussi de soigner l’animal.

Durant les sorties « aventures », l’enfant explore l’extérieur, marche dans la forêt, sur la route, sous la pluie, le vent, affine ses perceptions… « A la différence d’une approche éducative, notre rôle consiste à faire découvrir le monde à l’enfant mais aussi à comprendre ce qu’activités et sorties révèlent de ses fantasmes », explique Alain Biron, médecin chef, psychiatre et psychanalyste. Et de citer l’exemple de ce petit garçon qui lors d’une sortie en forêt, contrairement aux autres enfants, marchait derrière les soignants. Il avait peur que la forêt soit peuplée de monstres et les soignants formaient une barrière de protection stable et solide. « En réunion de synthèse, chaque intervenant fait part de ce qu’il a observé dans les activités et les sorties.

Tout cela est mis en commun et analysé, explique Alain Biron. Jusqu’à présent la théorie analytique a été le noyau de l’approche des enfants psychotiques. Si en IME (institut médico-éducatif) l’approche éducative a beaucoup plus de place que dans un hôpital de jour, elle est souvent inspirée de la théorie analytique, où rien dans la relation n’est jamais pris au premier degré ».

Au Pradon, chaque soignant est invité à compléter sa formation initiale pour mieux saisir l’approche thérapeutique. L’équipe pluridisciplinaire est constituée d’infirmiers, d’un psychologue, d’un éducateur spécialisé, d’une orthophoniste, d’un psychomotricien, de psychiatres, d’une secrétaire. Deux assistantes sociales du secteur y interviennent ponctuellement. « Nous aimerions étoffer l’équipe de soignants », précise le médecin chef « actuellement huit personnes à temps partiel seulement la constitue ».

L’embauche de personnel dépend de l’hôpital public de santé Barthélemy-Durand, dont Le Pradon fait partie. La psychiatrie publique est organisée en secteurs (adultes et enfants), le secteur infanto-juvénile du secteur I 02 (nord de l’Essonne) est constitué de 11 unités, dont l’hôpital de jour.

Une équipe pluridisciplinaire et complémentaire

Dans cette équipe pluridisciplinaire chaque soignant à une approche différente du corps. «  L’infirmier a par exemple une connaissance du corps sain, du corps malade, de la mobilité, de la motricité », illustre Anne-Marie Owikoti. « Ce qui est intéressant est de faire jouer les résonances entre les différents professionnels », ajoute Alain Biron.

Cependant tous deux regrettent la disparition de la formation d’infirmier psychiatrique depuis 10 ans. « Avant, un infirmier psychiatrique bénéficiait d’une formation théorique et pratique grâce à ses stages. La proportion de l’enseignement psychanalytique était importante. Aujourd’hui, les infirmiers d’État ne suivent que trois stages en psychiatrie durant leur cursus de formation », regrette Alain Biron. « Cela pose un problème en service infanto-juvénile car les infirmiers arrivent avec une formation généraliste sans culture en psychiatrie. Ils ne se sont pas frottés à la réalité », ajoute Anne-Marie Owikoti.

L’établissement public de santé Barthélémy-Durand a mis en place depuis plusieurs années des modules de formation continue pour son personnel, afin de le former à la spécificité des soins en psychiatrie. D’autres professionnels – comme les éducateurs spécialisés — reçoivent pendant leurs études un programme intégrant la relation d’aide proche de l’orientation psychiatrique.

L’hôpital de jour Le Pradon a souhaité accueillir des artistes en son sein et leur confier des activités. Il a fait appel à l’association Totems et Tambours [2], créée en 1993 par des professionnels de pédopsychiatrie de l’hôpital Barthélémy-Durand pour ouvrir le champ de la culture et de l’art aux enfants et adolescents autistes et psychotiques suivis dans les institutions du nord du département.

Au groupe des grands, l’association propose un atelier de percussions africaines animé par le musicien Anthony Sauveur. Un travail sur le rythme qui accompagne la lecture de contes et la mise en scène de marionnettes. Les plus petits font de la danse, ils travaillent le lien entre corps et esprit, la relaxation, le positionnement et le déplacement du corps dans l’espace.

Petits et grands enfin peuvent participer à un l’atelier d’arts plastiques animé par le plasticien Jean-François Donati. De la peinture sur papier, à la trace à la craie sur le sol, en passant par le moulage d’empreintes de pattes d’animaux dans les bois, cet artiste travaille sur tous les supports et tous les sujets abordés par les enfants. « Les artistes apportent autre chose. L’art transforme un certain nombre de problématiques psychiques, leur donne des formes partageables avec autrui alors que les symptômes sont exposés aux autres mais pas partagés, explique Alain Biron. Il nous semble important de confronter les enfants à cette différence. Les soignants abordent les choses autrement que les artistes et notre idée est de juxtaposer les deux approches dans une activité artistique. L’artiste propose son art en présence des soignants. On ne mélange pas les arts et le soin mais en les juxtaposant, on trouve des choses ».

L’hôpital de jour Le Pradon déménage bientôt. « Chaque unité partira dans un lieu différent pour que petits et grands puissent bénéficier d’une équipe encore plus à leur écoute », se félicite Anne-Marie Owikoti. « Le travail avec les enfants psychotiques est en perpétuelle évolution ».


[1Hôpital de jour Le Pradon - 6, rue du Vieux Perray - 91700 Sainte-Geneviève-des-Bois. Tel. 01 60 15 00 64

[2Totems et Tambours - 13, rue Joliot-Curie - 91600 Savigny-sur-Orge. Tel. 01 69 12 37 02. Contact. Anne-Marguerite Monory


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