N° 694 | du 29 janvier 2004 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 29 janvier 2004

Les Maisons de l’adolescent n’ont pas toutes le même fonctionnement

Propos recueillis par Guy Benloulou

Thème : Adolescence

Xavier Pommereau est psychiatre, psychanalyste et directeur de la Maison de l’adolescent à Bordeaux. La structure hospitalière qu’il dirige depuis peu se distingue nettement de la Maison de l’adolescent du Havre. Son équipe ne propose pas un lieu de parole à des jeunes en mal-être, mais une palette complète de soins à des adolescents à risque avec hospitalisation comprise. Un distingo auquel il tient. Il y aura donc, à l’avenir, selon Xavier Pommereau, des formes très diverses de Maisons de l’adolescent et il aurait préféré pour son établissement le nom de Pôle aquitain de l’adolescence

Le fonctionnement de la structure que vous dirigez est-il identique à celui de la Maison de l’adolescent du Havre ?

Non, nous sommes étiquetés Maison de l’adolescent mais notre fonctionnement n’a rien à voir avec les Maisons de l’adolescent comme celle du Havre. Cette dernière est amenée à ne faire que des consultations. Or, nous, nous avons des lits d’hospitalisation. Nous nous reconnaissons plus dans l’appellation de Pôle aquitain de l’adolescence, lequel est un ensemble d’unités hospitalières qui se sont concertées et en quelque sorte fédérées, pour essayer d’offrir des soins à la fois complémentaires et adaptés aux problèmes rencontrés par des adolescents en difficulté et en souffrance.

Votre structure n’est donc pas ouverte à tous les adolescents cherchant un lieu de parole ?

Effectivement, nous ne sommes pas un « lieu de parole » comme certains Points jeunes ou comme la Maison de l’adolescent du Havre mais une structure hospitalière. Nous ne sommes pas dans une sorte de bricolage pour accueillir des jeunes qui ont envie de venir… On fonctionne dans quatre structures hospitalières qui sont réunies en un même centre, en l’occurrence le centre Abadie ; j’en dirige deux : l’une qui s’occupe d’adolescents suicidaires, et une autre, qui prend en charge des adolescents anorexiques graves. Mon collègue, Bouvard, en dirige une autre, et centre sa pratique plus particulièrement sur des adolescents qui souffrent de troubles mentaux. Nous développons ensemble une consultation polyvalente qui permet l’accès à des soins somatiques, comme la gynécologie, la dermatologie, la nutrition etc. ainsi que des soins psychologiques. Nous ne sommes donc pas du tout dans une dynamique ressemblant à un Point jeunes ou un lieu de parole pour jeunes… Nous nous occupons uniquement des adolescents à risques.

Justement, en vous restreignant aux adolescents à risques n’allez-vous pas les stigmatiser ?

Il y a 85 % des adolescents qui vont bien. Les 15 % qui vont mal justifient qu’on s’en occupe le plus rapidement possible. Notre objectif est de donner des soins adaptés et à ces jeunes-là qui présentent des conduites à risques à travers la consommation de produits toxiques et de psychotropes, mais également des troubles alimentaires tels que la boulimie et l’anorexie, et cela s’aggrave de façon inquiétante, vu les récentes enquêtes menées en cette matière.
Où se situent les priorités thérapeutiques pour ces adolescents en souffrance ?

Notre priorité a été de faire en sorte que les adolescents au lieu de se balader d’un site à l’autre, avec des interventions pas forcément cohérentes, se retrouvent sur un même lieu, avec une prise en charge globale. Par exemple, on vient de recevoir une petite jeune fille qui consultait pour une IVG, et nous nous sommes aperçus que finalement elle était hautement suicidaire. Sa grossesse précoce était une conduite à risques tout à fait majeure, précédée de fugues et d’errance… Et au lieu d’être promenée du service gynécologique à un autre, elle a pu intégrer notre service et faire un bilan approfondi, pas seulement de son problème gynécologique, mais également pour ses problèmes psychologiques. C’est un moyen d’éviter une prise en charge fragmentée des adolescents qui comme on le sait peuvent s’exprimer d’une manière très morcelée.

Quel type de professionnels interviennent dans votre structure ?

Notre personnel est à 100 % hospitalier et à l’intérieur de nos équipes pluridisciplinaires se trouvent des assistantes sociales. Mais également tous les professionnels amenés à intervenir dans une prise en charge de ce type (psychiatres, psychologues, orthophonistes endocrinologue, etc.). Je pense donc qu’il faut éviter de se livrer à de la démagogie et faire croire qu’il suffirait d’améliorer certains Points jeunes pour s’occuper de l’adolescence à risques.


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