N° 741 | du 17 février 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 17 février 2005

Les MJC devant une mutation incontournable

Joël Plantet

Thème : Animation

Certes, les Maisons des jeunes et de la culture sont des lieux d’épanouissement et de développement des aptitudes de chacun. Mais sont-elles en adéquation avec les nouveaux paysages sociétaux ? Gestionnaires d’une offre d’activités grand public, ont-elles des actions de prévention dans les quartiers ? Rivales jusqu’à présent, deux fédérations seront probablement amenées à se coordonner… Bref, ces structures qui ont près de 60 ans vieillissent-elles bien ? Tour d’horizon

L’inventivité des MJC est polymorphe. À Vaulx-en-Velin, on prépare un projet Sahara pour ce mois de février ; en Picardie, un cinéma en balade anime les centres de loisirs, les comités d’entreprise et les établissements scolaires. Ici, on utilisera le cirque et on s’initiera à la démocratie participative, là on proposera une formation à l’animation.

Terme générique, le vocable MJC désigne toute association socioculturelle partageant les mêmes objectifs, positionnements ou valeurs, même sous forme d’organisations différentes : maisons pour tous, maisons de quartier, maisons des loisirs et de la culture, centres d’animation, centres ruraux, foyers socio-éducatifs, voire foyers de jeunes, espaces culturels… En tout cas espaces laïcs d’éducation populaire, elles se veulent lieux d’investissement démocratique.

Une histoire militante, et une scission

Historiquement, le mouvement République des jeunes a vu le jour à Lyon, en 1944, à l’initiative de représentants de mouvements de jeunesse, de syndicats et d’organisations de la Résistance. Trois ans plus tard, émergeait une fédération française de maisons des jeunes et de la culture (FFMJC), sous la présidence du député socialiste André Philip. En 1962, cette première fédération d’éducation populaire inventera la profession de cadre de l’animation. Quatre ans plus tard, dans le cadre du Cinquième plan, les équipements se construisent à bon train : une MJC sort de terre tous les trois jours !

Mais en 1969, sur des questions touchant à la (dé) centralisation, plusieurs fédérations se séparent de la FFMJC et créent l’Union des fédérations régionales de MJC (UNIREG). Première scission. Parallèlement, en 1970, vont émerger les premiers partenariats et conventions entre MJC et collectivités. Dix ans plus tard, les Maisons pourront être définies comme des structures de développement local, social et culturel, dirigées par les professionnels, intégrées à la ville. En 1982, une première convention pluriannuelle passée avec le ministère de la Jeunesse et des sports — donc avec l’État — officialisera cette reconnaissance.

Et comme dans d’autres rubriques, les sigles fleurissent. En 1992, d’autres « fédés » régionales quittent à leur tour la fédération en revendiquant elles aussi un exercice décentralisé et autonome de leurs responsabilités : elles s’associent en créant l’association de recherche, d’études et de gestion sociale (ARÈGES). Seconde scission.

Deux ans plus tard, l’ARÈGES et l’UNIREG signent une Déclaration des principes et créent la confédération des maisons des jeunes et de la culture de France (CMJCF). Aujourd’hui, celle-ci revendique neuf cents associations regroupées en fédérations régionales, dont la moitié en milieu rural. Elle annonce également près d’un demi-million d’adhérents et estime à 3 700 000 les personnes touchées par ses activités [1].

Le 30 juin 1999, une charte d’objectifs Culture / Éducation populaire a été signée entre le ministère de la Culture et de la communication et huit associations : les centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa), le collectif interassociatif pour la réalisation d’activités scientifiques et techniques (Cirasti), la confédération nationale des foyers ruraux (FNFR), la FFMJC, la fédération laïque de structures et d’activités éducatives, sociales et culturelles (Francas), les fédérations Léo Lagrange et Peuple et culture, la ligue française de l’enseignement et de l’éducation permanente. En termes d’objectifs, l’éducation populaire se doit de privilégier l’éducation artistique et culturelle, le développement et le suivi des pratiques amateurs, la médiation, l’animation et la qualification des réseaux (lire le reportage à la MJC des Hauts de Belleville).

Le plan d’action 2005 - 2007 de la CMJCF s’articule autour de plusieurs problématiques, dont les deux plus importantes sont la politique associative à mener par rapport à la mondialisation et aussi le positionnement devant la montée des communautarismes et des extrémismes, les MJC étant souvent implantées dans des quartiers plus ou moins relégués. Dans une interview à L’Hérault du jour du 13 novembre 2004, lors d’une troisième convention de la CMJCF, le président de la confédération, Frédéric Prelle, indiquait une troisième piste : « si on n’engendre que des consommateurs d’activités, on passe à côté de l’engagement des mouvements d’éducation populaire de nos origines ».

Rivales, les deux fédérations ne se parlent guère. Clin d’œil, pendant le même week-end du 13-14 novembre, tandis que la FFMJC célébrait son soixantième anniversaire lors de son congrès de Nancy, la confédération fêtait, elle, ses dix ans d’existence à Montpellier. Un texte pour un projet d’orientation pour 2005 - 2007 y fut vivement débattu, accusé d’être encore flou, et sera précisé dans les mois à venir. Invité, le représentant du ministère, Étienne Madranges, avait prêché pour une « coordination » avec la FFMJC…

Au programme du soixantième anniversaire de la FFMJC, de la culture, beaucoup de culture : pièce de théâtre sur le chômage, caravane des sciences, programmation vidéo, spectacle multi-artistique, cirque, exposition sur la culture ouvrière et minière, trois concerts (rock et ska), expo Sénégal, etc. Avec quelques partenaires institutionnels et associatifs, les participants ont voulu s’interroger sur la place des MJC dans la société, mais aussi celle de la jeunesse, de la culture, de l’éducation (lire l’interview d’Arianne Bourrelier, directrice de la MJC du Val Maunuée).

Douze débats pendant la rencontre ont permis de mettre en perspective le projet actuel d’éducation populaire, mais aussi d’alimenter les débats de l’assemblée générale, qui s’est tenue pendant les trois matinées du rassemblement. Lancé par soixante personnalités du monde de la culture, des arts, de la recherche et de la politique, un appel a été lancé, pour une reconnaissance plus grande des pouvoirs publics.

Son dernier projet fédératif a été adopté en 2000 et « s’attache à comprendre les changements de notre société pour mieux les appréhender ». Quatre éléments en font le socle : lire la réalité sociale et comprendre les bouleversements de la société ; reconstruire le lien social ; participer à la qualification personnelle, sociale, culturelle et même professionnelle ; être un lieu d’apprentissage de démocratie et de citoyenneté. Pour ce faire, des conseils de maison (sorte de parlement de jeunes), ateliers de citoyenneté, participation des jeunes dans les instances de décision des MJC et conseils d’initiatives jeunes en vue de concrétiser les projets.

L’international, et quelques pistes

Depuis 1998, une coordination européenne de MJC et d’associations de jeunesse, Contact 2103 — « 2103 » comme le 21 mars, date de création [2]  —, sous forme d’organisation internationale non gouvernementale, entend établir un réseau d’associations au plan local, régional, fédéral et européen, avec des services correspondant aux attentes des jeunes des différents pays : facilitation du travail international, informations sur les associations, promotion des initiatives jeunes…

Créée en 1996, la commission International de la CMJCF s’est rendue, elle, visible à quelques reprises : positionnement au Forum social européen (FSE) de Saint-Denis, rencontres pour l’élaboration d’une politique de jeunesse en Roumanie ou en Égypte…

Pour la période 2000- 2006, un programme européen jeunesse avait été adopté par les institutions européennes, s’adressant aux jeunes de 18 à 25 ans sans condition de diplôme ou de formation. Ont été financés des échanges de groupe, un lieu de ressources et d’information pour les associations, des échanges franco-allemands avec l’Office franco – allemand pour la jeunesse (OFAJ), et des mesures d’accompagnement pour permettre aux associations de se rencontrer. Autre outil, le service volontaire européen (SVE) permet à des jeunes majeurs de partir de six mois à un an dans un autre pays européen pour pratiquer une activité de volontariat au sein d’une association.

Intitulé Citoyenneté pour la démocratie associative (Cideas), un projet a permis à dix jeunes Français d’accueillir pendant un an dix jeunes Européens, accompagnés par des partenaires associatifs locaux. À la clé, la réalisation d’un Cd-rom sur la citoyenneté européenne, un site Internet sur leur expérience et une conférence interrégionale sur la participation active des jeunes dans la démocratie associative.

Signe des temps, le Conservatoire national des arts et métiers de Paris (CNAM) propose actuellement aux responsables des MJC, des mouvements d’éducation populaire, des associations et des centres sociaux une nouvelle formation pour un nouveau diplôme, un « bachelor » de responsable de projets collectifs en insertion – Option : insertion par la culture.

Le mouvement Freinet dans l’école publique faisait récemment part de ses craintes devant les menaces qu’il estimait peser sur l’école — retour aux disciplines fondamentales, par l’empilement de savoirs de base, par le recours aux punitions pour asseoir l’autorité, par le renforcement de l’individualisme et de la compétition… Le mouvement affirmait sa préférence pour une « école qui, à l’inverse de la transmission uniforme des savoirs, développe des situations permettant l’appropriation des connaissances dans une démarche naturelle d’apprentissage privilégiant la création, l’expression et le tâtonnement expérimental ». Et appelait à la constitution d’un « front de l’Education populaire ».


[1CMJCF - 168 bis rue Cardinet - 75017 Paris. Tél. 01 44 85 29 50
FFMJC - 15, rue La Condamine - 75017 Paris. Tél. 01 44 69 82 25

[2Contact 2103 - Rue Montserrat 58 - B 1000 Brussels. Tél. 33 02 53 84 019


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