N° 969 | du 15 avril 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 15 avril 2010

Les AMP ont-ils remplacé les éducateurs ?

Guy Dréano

Le point de vue de Guy Dréano, vice-président du conservatoire national des archives et de l’histoire de l’éducation spécialisée (CNAHES) et auteur du Guide de l’aide médico-psychologique, éd. Dunod, 1997.

« Historiquement, lorsque l’intitulé d’éducateur spécialisé a remplacé celui d’éducateurs de jeunes inadaptés – notion qui regroupait des acteurs d’origines, d’expériences, de formations et d’histoires différentes – un consensus s’établit, pendant l’essor de cette profession nouvelle, pour considérer que cette catégorie d’acteurs concernait l’ensemble des difficultés de l’enfance et de l’adolescence pour lesquelles le milieu habituel ne pouvait, ne voulait, ou ne savait pas assurer les accompagnements et que si l’on pouvait envisager dans ce cadre des métiers différents, il ne devait y avoir qu’un seul niveau.

Or, si cette position des premières instances professionnelles qui voulaient, malgré la diversité des problématiques, maintenir une unité professionnelle avait sa cohérence, la réalité s’avéra assez différente : les éducateurs, d’abord centrés sur la délinquance des mineurs puis sur les troubles du comportement et de la personnalité d’enfants et d’adolescents estimés intelligents, manifestèrent longtemps peu d’attrait pour le travail auprès des personnes en situation de handicap. Notamment et durablement quand les personnes qui, du fait de leur grande dépendance, nécessitaient une assistance toute particulière, correspondant à un investissement et des savoirs, savoir-faire et savoir-être assez différents.

C’est sur la base de cette désaffection incontestable et de l’apparition, paradoxalement mal admise, de nouveaux intervenants (qui ne furent que des femmes pendant longtemps) pour y pallier, qu’il m’est apparu tout à fait légitime de produire en 1997 la première édition du Guide de l’aide médico-psychologique (éd. Dunod). Dans mon esprit – et je conserve ce point de vue – il s’agissait d’aider à la légitime promotion d’une profession, proche mais bien distincte, et non d’une sous-qualification, ainsi que le mot « aide » en l’attribuant non à la personne à accompagner mais à un autre professionnel l’a injustement initialement déterminée. On sait que, dans la réalité des pratiques, les AMP démentent le plus souvent cette assertion et se sont affirmés sans conteste comme la profession spécifique de la grande dépendance (d’enfants ou d’adultes), fonction originale de synthèse entre l’assistance éducative et le soin. Cette distinction avec le temps bien établie, on pouvait raisonnablement espérer qu’à l’occasion des réformes la fonction et le statut d’AMP feraient l’objet d’une meilleure reconnaissance.

Ce ne fut pas l’orientation retenue pour le diplôme d’état d’AMP en 2006 qui, répondant à d’autres logiques, a intégré cette fonction dans la filière éducative en instituant avec eux, aux côtés des éducateurs spécialisés (de niveau III), des moniteurs éducateurs (de niveau IV), un niveau V. Cette disposition donne aux AMP un certain nombre d’ouvertures d’emploi dans le champ de l’accompagnement éducatif et social, mais guère plus d’avantages pour s’y promouvoir. Cette mesure, qui officialise un troisième niveau de qualification, crée pour tout le champ de l’accompagnement éducatif et social les conditions symboliques et fonctionnelles de glissements organisationnels puis relationnels où les AMP ne sont pas les mieux placés. J’ajoute que dans ce montage, et bien que leur formation soit restée à peu près identique, le risque pour les AMP est aussi d’y diluer une identité bien spécifique liée à la grande dépendance qui leur était consubstantielle. »


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