N° 909 | du 11 décembre 2008 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 11 décembre 2008 | Jacques Trémintin

Le tueur sur un canapé jaune. Les rêves et la mémoire traumatique

Bernard Lempert


éd. du Seuil, 2008 (369 p. ; 23 €) | Commander ce livre

Thème : Psychanalyse

Bernard Lempert est psychothérapeute. L’un de ses outils de travail, c’est l’interprétation des rêves. S’il rend hommage à l’innovation majeure que constitua le travail de Freud sur la question, il reconnaît tout autant qu’il s’agit là d’une construction tout à fait arbitraire : « La découverte est historique, mais l’échafaudage conceptuel est brinquebalant » (p.263). Sa propre approche se veut bien plus humble. La symbolique ne s’apprend pas, explique-t-il, elle se découvre. Il n’y a pas de science des rêves. Cela n’empêche pas de chercher à être pertinent, mais à l’intérieur d’une sphère délimitée par le non savoir : « Je parle un peu de ce que j’ai compris, au milieu de tout ce que j’ignore » (p.357). On est effectivement là bien loin des extravagances à prétention universaliste du fondateur de la psychanalyse.

Pour Bernard Lempert, l’être humain est parfois confronté à des expériences traumatisantes. Il y a les traumas inhérents à l’existence. Le décès d’un proche qui réactive l’angoisse de mort, le travail de deuil devant permettre de ne pas mourir psychiquement d’avoir un jour à mourir. La peur de l’abandon qui est une souffrance morale, en même temps qu’une menace et une mise en danger potentiels. L’autonomie, quant à elle, n’est pas une mince affaire : elle ne conditionne pas seulement la liberté, elle refonde l’identité. Elle reprend les enjeux de la naissance en les réactualisant. Mais il y a aussi d’autres traumas bien plus dramatiques, tels les agressions sexuelles, violences, accidents subis pendant l’enfance ou par la suite. Les rêves ont ceci de particulier qu’ils reviennent sur le déroulement de cette vie, en même temps qu’ils s’invitent dans la profondeur de ce qui a été vécu.

Certains d’entre eux contiennent de la mémoire traumatique. Mais ils ne se contentent pas d’en garder la trace ou de se la remémorer. Ils tentent de la traiter en analysant ce qui s’est passé et en décomposant l’attaque subie par la personne. Ils comportent donc bien une lecture et un commencement d’interprétation. L’élaboration symbolique et les commentaires de l’analyste sont la poursuite et la reprise de cette première lecture. La conscience cherche à comprendre, en faisant le détour par l’inconscient qui sait plein de choses. L’interprétation des rêves est donc un travail d’extraction de sens. C’est quand on ne revient jamais sur son histoire qu’on fragilise son présent, parce qu’on laisse libre champ à la répétition. Reprendre le passé n’est pas le ressasser mais tenter de s’en extraire, pour en évacuer les charges traumatiques. Si l’on tranche le nœud gordien du trauma, se projeter dans l’avenir redevient alors possible. L’auteur illustre son travail d’élucidation des rêves, tout au long de son ouvrage, aux travers des multiples songes confiés par ses patients.


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