N° 1131 | du 19 décembre 2013

Faits de société

Le 19 décembre 2013

Le travail social, c’est politique

Joël Plantet

Qui prépare les États généraux du travail social de 2014 ? Les travailleurs sociaux, ou les élus qui les représentent ? Les notables, ou les hussards ? Le terrain ou l’administration ? À nous de nous en emparer.

Il y a trente ans, Nicole Questiaux, alors ministre, avait fortement incité les travailleurs sociaux à se saisir du politique. De fait, ce fut le politique qui se saisit du travail social… Le 5 décembre à l’Assemblée nationale, une conférence parlementaire s’est proposée de « mettre en valeur la diversité et la richesse du travail social, dans une période où les élus de la nation doivent lui manifester plus que jamais leur confiance et leur soutien ». Intitulée La citoyenneté, contribution du travail social et des formations sociales en France et en Europe, elle s’est tenue à l’initiative de deux députées, Patricia Adam, ex-assistante sociale et Martine Carillon-Couvreur, ex-professionnelle du secteur médico-social, dans le cadre des États généraux du travail social (EGTS) à venir.

Les fondamentaux sont réaffirmés : « Ce qui nous fait Homme, ce n’est pas d’être performant, c’est notre vulnérabilité », affirme Paulette Guinchard, ex-secrétaire d’État, citant Obama (in Les rêves de mon père) et ses cinq ans de travail social en début de carrière. Ces fondamentaux ne doivent pas se voir dilués au sein des institutions, estime Brigitte Bouquet, du Conseil supérieur du travail social (CSTS). « Ne rien lâcher sur la participation des usagers », exhortent plusieurs intervenants, parmi lesquels Étienne Pinte, président du Conseil national de lutte contre l’exclusion (CNLE), dont le 8e collège, créé en 2012, rassemble des personnes en situation de pauvreté ou de précarité. Certains sont d’ailleurs là pour défendre la co-construction des prises en charge avec les travailleurs sociaux.

Les EGTS représentent un enjeu vital pour le secteur

La Fnars rappelle que les travailleurs sociaux, débordés par les tâches administratives et d’inscription dans des dispositifs, déplorent le peu de temps qu’il leur reste avec les personnes suivies. Une intervenante espagnole témoigne qu’aujourd’hui, les travailleurs sociaux de son pays – de plus en plus précaires – s’impliquent de plus en plus dans les mouvements sociaux. La souffrance au travail est évoquée (une manifestation avait d’ailleurs lieu devant l’Assemblée). L’alternance est mise à mal. La remise en cause des droits sociaux est en marche. L’éducation populaire, la prévention spécialisée, le tissu associatif sont en voie d’affaiblissement.

Un nouveau vocabulaire – « gestionnaire de cas », « agent traitant »… – dévoie le travail social. Les termes d’inégalités sociales et de transformation sociale ont parfois – peut-être pas assez – traversé les débats. Xavier Bombard, directeur d’une Sauvegarde, évoque, lui, un « tremblement de terre », le désarroi « des anciens et de ceux qui sortent de formation » et dénonce le professionnalisme sans humanité. Les étudiants sont précaires, la formation a du plomb dans l’aile, les travailleurs sociaux vieillissants sont mal utilisés… La ministre Dominique Bertinotti avance l’idée de « repenser la carrière du travailleur social », sans autre précision…

Deux inter-régions pilotes – PACA/Languedoc-Roussillon/Corse et Rhône-Alpes/Auvergne – ont démarré leur comité de pilotage ; quatre autres ont commencé à travailler dans cette perspective… Le souci conjoint de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) et du CSTS est vertueux : « Que la parole soit ascendante, venant du terrain (usagers, professionnels, associations). » Là est justement toute la question. À elle seule, la co-construction usagers/travailleurs sociaux ne palliera pas l’asphyxie dans laquelle se trouve ceux-ci. Les EGTS représentent une opportunité pour un changement possible, à ne surtout pas manquer. Un enjeu vital pour le secteur.