N° 1017 | du 5 mai 2011 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 5 mai 2011 | Jacques Trémintin

Le travail, non merci !

Camille Dorival


éd. Alternatives Economiques, 2011 (210 p. ; 16 €) | Commander ce livre

Thème : Emploi

Voilà un ouvrage bien écrit et fort bien documenté qui permet au lecteur d’entrer dans toute la complexité du malaise qui affecte notre rapport au travail. Il présente avec concision et précision les différentes thèses et donne la parole à plusieurs témoins qui refusent le paradigme dominant. Il pose d’emblée les termes du débat de façon contradictoire.

D’un côté, il y a l’effritement, depuis quarante ans, d’une norme qui a longtemps privilégié la stabilité, le temps plein et les horaires prévisibles. Progressivement, ce qui s’étend, c’est une nouvelle organisation qui dégrade grandement les conditions du salariat. Pour répondre aux exigences des flux tendus, le nouveau management aggrave la flexibilité des horaires, exige toujours plus de polyvalence, augmente les cadences et multiplie les contrats atypiques (CDD, intérims, emplois aidés…) qui sont passés de 1,2 million en 1982, à 3,1 millions en 2008. Avec pour résultats, chez les salariés, la confrontation à une plus grande pénibilité du travail et à une recrudescence du harcèlement.

Mais de l’autre côté, le travail ne se résume pas à une seule source de revenus. Il est aussi un mode de socialisation et d’intégration, un moyen de construire son identité et d’acquérir un statut, un support d’utilité sociale, ainsi qu’un outil potentiel de réalisation de soi. Celles et ceux qui en sont privé ne sont pas seulement confrontés à une perte de ressources. Ils peuvent tout autant être amenés au repli sur soi, à l’isolement, voire à la renonciation à tout projet d’avenir. Entre un travail de plus en plus aliéné et sa privation qui peut entraîner la rupture du lien social, y a-t-il une solution médiane ? C’est justement, ce qu’explore l’auteur.

Ce sont d’abord les objecteurs de croissance qui, s’opposant au slogan « travailler plus pour gagner plus », font le choix de vivre moins, mais mieux, avec moins de biens, mais plus de liens, optant délibérément pour un emploi occasionnel ou un temps partiel. Il y a aussi ceux qui refusent de confondre le travail rémunéré avec les autres occupations, distinguant entre l’activité destinée à l’échange économique, celle centrée sur la sphère domestique et celle destinée exclusivement à leur propre épanouissement. Il s’agit dès lors de « désenchanter » le travail, en s’ouvrant sur les autres formes d’enrichissement que sont la création, l’art, la culture, les échanges sociaux, les liens d’amitié ou d’amour, le temps d’éducation de ses enfants, la flânerie ou la poésie…

Même si l’ambiance actuelle est à la dénonciation de la civilisation des loisirs et à la remise au travail, l’auteur consacre une large place au débat récurrent sur le revenu d’existence et à l’accusation des prétendues trappes à oisiveté que seraient les minima sociaux.


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