N° 907 | du 27 novembre 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 27 novembre 2008

Le rendez-vous des générations

Joël Plantet

Pour la première fois, quatre voire cinq générations s’engagent dans le nouveau millénaire. Quel horizon pour les plus vieux ? Plutôt dynamique, une première Biennale de l’intergénération a recensé les innovations en la matière

Perte des liens affectifs, isolement résidentiel ou social, repli sur soi, sentiment d’insécurité… Certes, lorsqu’elles existent, les solidarités familiales se conjuguent avec les offres de services à domicile, sans être pour autant toujours suffisantes. Les personnes âgées sont-elles condamnées, surtout dans certaines régions, à vivre marginalisées ?

Novatrice et transversale, l’intergénération avance à grands pas, quoique encore mal connue ou mal reconnue en raison des cloisonnements institutionnels ou sectoriels. Les actions sont le plus souvent locales, ponctuelles, méconnues au-delà de leurs sites. L’enjeu serait donc de passer à une étape de renforcement du concept, qui deviendrait un choix de société. Initiée à Paris par l’association Accordages, une première Biennale de l’intergénération a voulu recenser les initiatives innovantes : conjuguant vie sociale et vie à domicile, de nombreuses structures ou collectivités locales encouragent en effet des partages de logement, des portages de livres, des animations à domicile, des veilles de voisinage et d’autres démarches [1]

Des accompagnements assurés par des professionnels, des jeunes du service civique volontaire ou des bénévoles de tous âges favorisent l’accès à certains loisirs. Les technologies de l’information et de la communication sont souvent l’objet de nouveaux apprentissages. Dans ce paysage, l’intergénération apporte son dynamisme.

Novatrice et transversale, l’intergénération avance à grands pas

« Un épanouissement qui n’en finit pas » : ainsi Gisèle Bessac, de La Maison ouverte, définit-elle, optimiste, la vieillesse. L’association vient de mettre en place (à Paris) sa deuxième maison de quartier, lieu défini par un double accueil gérontologique et culturel, animant des ateliers créatifs pour les plus de 55 ans. Depuis dix ans, agréée par Jeunesse et sports, l’association des Grands-parrains (et parfois arrière-grands-parrains !) organisent des parrainages de proximité. Le service municipal intergénérationnel de Colombes (92) multiplie les initiatives : rencontres entre centres de loisirs et retraités, création d’un Jardin des générations, association de vieilles personnes conteuses, et même groupe de slam retraités / jeunes. Un spectacle sur la maladie d’Alzheimer a réuni un large panel entre 8 et 90 ans. Des colonies intergérationnelles (11 retraités, 44 enfants) partent depuis deux ans sur l’île de Groix… En projet, la création d’une Maison de l’intergénérationnel.

L’association Ayyam zaman vient d’ouvrir son deuxième café socio à la Goutte d’Or, à destination des immigrés vieillissants. Problèmes d’errance, de précarité, voire de rapatriement du corps sont régulièrement abordés avec les travailleurs sociaux, qui n’évacuent pas pour autant la dimension culturelle. Présente aussi sur le sujet, l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSÉ), avec un CD intitulé Les immigrés vieillissent aussi en Ile-de France, édité il y a quelques mois. L’association Old up, pour sa part, s’est créée avec des personnes âgées (75-85 ans) autonomes pour « prendre conscience de notre utilité potentielle » [2]. Actuellement en projet : des rencontres avec des jeunes autour des musiques qu’ils aiment. Indication supplémentaire de la tonicité de cette rencontre : elle s’est conclue par une chorégraphie assurée par treize danseurs de 8 à 87 ans, dont quatre en fauteuil.


[1Accordages - 16 rue du Gal Brunet - 75019 Paris. Tél. 01 47 70 79 67

[2Old’up - 4 rue Amélie - 75007 Paris